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Archives Serge Poliakoff
1900
 
Le 8 janvier, Serge Poliakoff naît à Moscou.

Son père, Georges Sergueievitch Poliakoff serait originaire de Kirghizie. Avant de venir s'installer à Moscou, il a de grands élevages de chevaux dans son pays natal. Ces chevaux vivent en troupeaux dans une liberté presque entière.
Pendant un séjour à Toula, Georges Poliakoff rencontre Agrippine Stroukoff, fille de propriétaires terriens et petite-fille du général Stroukoff. Il l'enlève et l'épouse. Ils auront quatorze enfants, dont Serge est le treizième.
La famille, très unie, vit à Moscou, où son père est fournisseur de chevaux pour l'armée russe et possède une écurie de course.
L'une des soeurs, Véra, de loin son aînée, veuve du préfet de police de Moscou Volossovski, est particulièrement attachée à lui. Dès son plus jeune âge, il est sous l'influence de la personnalité de Véra. Une autre de ses soeurs aînées est mariée au prince Galitzine et habite Saint-Pétersbourg. Il est souvent en visite chez eux.

 
1914

Il commence à suivre des cours de dessin à Moscou. Il passe ses vacances à Naltchik, chez son beau-frère Serge Kissilev, qui avait eu pour précepteur un frère cadet de Tchékhov. La famille Kissilev aurait d'ailleurs servi de modèle à Tchékhov pour La Cerisaie.
C'est à Naltchik que Serge Poliakoff, adolescent, a peint ses premiers paysages sur les lieux mêmes où travaillait Lévitan, chef de file des paysagistes russes.
Ainsi son enfance se trouve partagée entre sa vie familiale à Moscou, où sa mère, très religieuse, l'emmène souvent à l'église, où il découvre les icônes, puis la vie culturelle chez sa soeur Véra, qui avait un salon littéraire, la vie de l'aristocratie russe, chez les Galitzine à Saint-Pétersbourg, et ses vacances au bord de la Mer Noire.
Il voyage dans le sud de la Russie jusqu'au Caucase. Peu intéressé par les études systématiques du lycée, il aime lire, et la très riche bibliothèque de son frère Anatoly, son « guide spirituel », lui fournit l'occasion de connaître de très bonne heure, non seulement la littérature russe, mais aussi tous les classiques occidentaux.
Son frère Anatoly, qui étudie le chant, lui donne aussi le goût de l'Opéra, et celui de la musique.
Dès l'âge de douze ans, il sait déjà jouer de la guitare. Par ailleurs, il se passionne pour les mathématiques et l'algèbre.

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1917

La Révolution russe met un terme à toute cette époque.


1918

Début de l'exode à travers la Russie et le Caucase.
 

1919

Réfugié à Constantinople avec sa tante, la célèbre chanteuse Nastia Poliakoff, qu'il accompagne à la guitare. A partir de ce moment, la guitare devient son gagne-pain, et le restera pendant plus de trente ans.
Il parcours l'Europe avec sa tante Nastia. Après Constantinople, ils passent par Sofia, Belgrade, Vienne, Berlin - où ils séjournent deux ans - pour enfin gagner Paris. Serge Poliakoff comprend, comme il le dira plus tard à André Malraux, qu'il « est arrivé chez lui ».
 
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1923

Il se fixe à Paris.


1929

Après avoir suivi des cours dans diverses académies, il travaille régulièrement à la Grande Chaumière, à Montparnasse.


1931

Expose pour la première fois, en groupe, à la Galerie Drouant. Il consacre chaque jour plusieurs heures de travail à la peinture. Des oeuvres de cette époque, il ne reste presque rien, soit qu'il ait repeint les toiles, soit qu'elles aient été dispersées. Quelques reproductions dans les journaux russes de l'émigration, édités à Paris, ainsi que la reproduction publiée dans le catalogue chez Drouant, Paris, montrent, à travers des Nus et un Portrait d'homme, un apprentissage académique de la peinture.


1933

Travaille à l'Académie Frochot à Montmartre. Ses maîtres sont Othon Friez, Cosson et Ivan Cerf. Le soir, il double Elvire Popesco à la guitare dans la pièce Tovaritch au Théâtre de Paris.

 
1935

Quitte Paris pour Londres où il suit, pendant deux ans, les cours à la Slade School of Art. Il se marie avec Marcelle Perreur-Lloyd, française de mère irlandaise, vivant depuis plusieurs années à Londres. Il prend part, comme guitariste, à quelques films.
Les visites fréquentes dans les musées londoniens, pendant cette période, « l'aident à se trouver », selon sa propre expression. Ses préférences vont déjà aux Primitifs italiens, Cimabue, Giotto, Simone Martini. L'école Flamande et l'Impressionnisme l'intéressent. Vélasquez et Cézanne, Gauguin et Seurat retiennent son attention. Parmi les modernes, il aime Klee, pour son sens de la composition, et Juan Gris. « Au contraire de Picasso et de Braque, confiera-t-il plus tard, la nature de Juan Gris était déjà abstraite. »
Mais le grand choc, durant ce séjour londonien, sera les sarcophages égyptiens qu'il découvre au British Museum. Les proportions de la peinture des sarcophages le font réfléchir, la couleur et la matière l'intriguent au point qu'un jour, profitant de l'absence momentanée du gardien, il gratte un coin pour voir exactement la couleur des différentes couches superposées.


1937
 
Regagne Paris où une vie moins confortable l'attend, mais où le climat artistique lui convient mieux.
Première exposition personnelle à la Galerie Zak.
Il rencontre Kandinsky, installé à Paris après la fermeture du Bauhaus. Il l'admire, mais il est dérouté par la manière trop théorique dont ce dernier parle de l'art abstrait. Néanmoins, il se sent attiré par l'art non-figuratif.


1938
 
Expose au Salon des Indépendants; jusqu'en 1945, il y sera présent.
Il fait la connaissance de Sonia et Robert Delaunay. Devenu un habitué de leur maison, il se rend chez eux, à jour fixe, une fois par semaine. Durant ces réunions, véritables cours du soir, Delaunay expose ses théories du contraste simultané à ses amis peintres.
Sans influencer directement sa peinture, les propos de Delaunay sur l'art abstrait l'aident beaucoup à évoluer.
Il expose sa première toile abstraite à la Galerie "Le Niveau à Paris". Kandinsky, le premier, reconnaît les qualités du jeune peintre abstrait. « Pour l'avenir je mise sur Poliakoff », déclare-t-il. La même année, Poliakoff rencontre également Otto Freundlich : l'homme, la gravité abstraite de sa peinture, l'impressionnent très profondément.


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1942
 
Naissance de son fils Alexis.
 

1945
 
Sa première exposition de tableaux abstraits (oeuvres de 1942 à 1945) a lieu à la Galerie de l'Esquisse. Le critique Frédéric Noël, dans sa rubrique sur les expositions, note l'apparition du nouveau peintre abstrait. De même, l'envoi de Poliakoff au Salon des Réalités Nouvelles est remarqué par le critique Guy Domand.
 

1946
 
Participe - sur l'instance de Domela - à deux expositions organisées dans la Salle du Centre de Recherches, rue Cujas, qui groupait, à l'époque, l'avant-garde de la peinture abstraite. La première fois, il a à ses côtés Engel-Pak et Marie Raymond, et cette exposition sert d'illustration à la conférence d'Herbin sur L'évolution de la peinture. La seconde exposition à laquelle il prend part comporte des gouaches, des dessins et des aquarelles. Une conférence de Wilhelm Uhde sur La Métaphysique grecque et la Physique moderne comme fondement dans l'Humanisme nouveau l'accompagne et, parmi les exposants, on note les noms de Kandinsky, Herbin, Domela, Dewasne, Deyrolle, Hartung, Marie Raymond et Schneider. La même année, il expose à la Galerie Denise René avec Duthoo, Alfred Reth, Marie Raymond et Poujet, et sa présence au Salon de Mai est remarquée.
Au Salon des Surindépendants, son envoi attire l'attention de Charles Estienne.
Pour vivre, il exécute des dessins de tissus qui ont un grand succès, mais c'est une expérience de courte durée, car il craint que son oeuvre de peintre n'en souffre. Il poursuit son activité de musicien en jouant de la guitare la nuit dans un cabaret russe.
 

1947
 
Reçoit le Prix Kandinsky, créé par Nina Kandinsky, et destiné à encourager un jeune peintre abstrait.
 

1948
 
Participe à différentes expositions organisées par la Galerie Denise René à Paris ainsi que, plus tard, dans les pays scandinaves. Sa première exposition particulière à l'étranger a lieu à Copenhague dans la Galerie Tokanten, dirigée par le petit-fils de Gauguin. Le Musée de Grenoble lui achète un tableau : c'est sa première oeuvre qui entre dans un musée.
 

1950

Expose ses peintures à la Galerie Denise René et ses gouaches à la Galerie de Beaune. Participe au Salon de Mai. La critique parisienne suit et note son évolution. Frank Elgar souligne dans Carrefour sa « prédilection » pour la toile de Poliakoff exposée au Salon de Mai.
 

1951

Expose ses oeuvres récentes à la Galerie Dina Vierny et prend part à différentes expositions de groupe à Paris et à l'étranger (Angleterre, Japon).


1952

Ses expositions se multiplient. Son oeuvre a déjà ses fidèles collectionneurs. Il cesse d'exercer son métier de musicien, et il se consacre désormais entièrement à la peinture grâce à un contrat avec la Galerie Bing. Cette année-là, à l'exposition "L'Art du XXe Siècle", organisée au Musée d'Art Moderne de Paris, il a l'occasion de voir les deux tableaux de Malévitch que possède le Museum of Modern Art de New York, dont le Carré blanc sur fond blanc. C'est un véritable choc et une confirmation : « il m'a démontré une fois de plus le rôle capital de la vibration de la matière. Même s'il n'y a pas de couleur, un tableau où la matière vibre reste vivant. »
Passe l'été à Gordes, dans le Vaucluse, où il exécute une fresque dans la maison du critique d'art Charles Estienne.
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1953

Sa première grande exposition (45 peintures et 5 gouaches) a lieu en Belgique à l'APIAW à Liège, au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles et au Musée de Verviers.
Sa première exposition particulière aux Etats-Unis a lieu à la Galerie Circle & Square de New York, dirigée par Jean Larcade.
 

1954

Ses expositions particulières se multiplient, de même que sa participation à des expositions d'ensemble en France et à l'étranger.
 

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1955

Deuxième exposition particulière aux Etats-Unis, à la Galerie Knoedler de New York.
 

1956

Reçoit le Prix Lissone.
 

1958

Décor pour le ballet Contrepoint, musique de Marius Constant, chorégraphie de Roland Petit.
Parallèlement à ses expositions personnelles qui se succèdent en France et à l'étranger, dans les musées de Suisse, des pays scandinaves, d'Allemagne et d'Angleterre (1958-1964), il prend part aux grandes manifestations internationales (Documenta II et III ; International Exhibition of Contemporary Painting, Carnegie Institute, Pittsburgh ; 30 anJ d'Art Moderne, Bruxelles).
 

1959

A l'occasion de voir pour la première fois l'oeuvre de Malévitch, dans la plus grande ampleur possible, lors de l'exposition organisée à la Kunsthalle de Berne par Franz Meyer. Il en est profondément impressionné.
Deux de ses toiles en projection servent de décor au spectacle Jean Tardieu-Jacques Poliéri au Théâtre de l'Alliance française à Paris.


1962
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Naturalisé français, il prend part à la Biennale de Venise, où une salle lui est consacrée.


1965

Prix international de la Biennale de Tokyo.
 

1966

Grand prix de la Biennale de Menton, importante rétrospective au Kunstmuseum de Saint-Gall.
 
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1968

Rétrospective à la Maison de la Culture de Caen.
 

1969

Il travaille en vue de son exposition au Musée d'Art Moderne de Paris, qui aura finalement lieu en 1970.
Exposition rétrospective au Musée Despiau-Wlérick (Donjon Lacataye) à Mont-de-Marsan.
Septembre : voyage à Venise, à l'occasion de son exposition à la Galleria del Naviglio. Il revoit la Chapelle des Scrovegni à Padoue. Le chromatisme des fresques de Giotto influence ses dernières oeuvres.

Le 12 octobre 1969, Serge Poliakoff s'éteint à Paris.
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