(1909-1992)
Francis Bacon (1909-1992) est l’un des peintres les plus puissants et les plus singuliers du XXe siècle. Né à Dublin, installé à Londres, profondément attaché à Paris, il a imposé, à contre-courant de l’abstraction triomphante, une figuration violente et charnelle : papes hurlants d’après Velázquez, corps tordus enfermés dans des cages de lignes, portraits déformés de ses proches, grands triptyques hantés par la mort. Figure majeure de l’art moderne, il a aussi signé, surtout dans les années 1980, un ensemble d’estampes – lithographies, eaux-fortes et aquatintes – réalisées d’après ses tableaux et sous son contrôle.
La Galerie Le Coin des Arts à Paris recherche et présente des lithographies et aquatintes originales de Francis Bacon signées au crayon, ainsi que les livres illustrés auxquels il a participé, sélectionnés pour la qualité de leur impression, leur provenance et leur état de conservation. La galerie se tient à la disposition des collectionneurs pour rechercher une œuvre précise ou estimer une estampe de Bacon.
Francis Bacon naît le 28 octobre 1909 au 63 Lower Baggot Street, à Dublin, dans une famille anglo-irlandaise ; son père, ancien officier, est entraîneur de chevaux de course. Enfant asthmatique, peu scolarisé, il entre en conflit avec ce père autoritaire et quitte le foyer familial vers l’âge de seize ans pour Londres. En 1927, il séjourne à Berlin, puis passe environ un an et demi en France : à Paris, une exposition de Picasso le décide à peindre, et au château de Chantilly le Massacre des Innocents de Poussin lui laisse le souvenir d’un cri qui traversera toute son œuvre.
Rentré à Londres à l’hiver 1928-1929, il travaille d’abord comme décorateur et dessinateur de meubles et de tapis modernistes, avant de se consacrer à la peinture en autodidacte. Sa Crucifixion de 1933 est reproduite par Herbert Read dans Art Now, mais sa première exposition personnelle, en 1934, passe presque inaperçue. Insatisfait, Bacon détruit une grande partie de ses toiles et peint très peu pendant près de dix ans.
En 1944, il peint Trois études de figures au pied d’une crucifixion (Tate, Londres), exposé en avril 1945 à la Lefevre Gallery : ces créatures hybrides sur fond orange font scandale et le révèlent brutalement. En 1948, Alfred Barr achète Painting (1946) pour le Museum of Modern Art de New York. Défendu par Erica Brausen, Bacon expose en 1949 à la Hanover Gallery sa série de Heads et entreprend les variations sur le Portrait du pape Innocent X de Velázquez, qu’il ne connaît qu’en reproduction et qui deviendront ses images les plus célèbres.
Les années 1950 installent son vocabulaire : figures isolées dans des structures linéaires en forme de cage, bouches ouvertes inspirées d’un manuel de maladies buccales et du Cuirassé Potemkine d’Eisenstein, corps saisis d’après les photographies d’Eadweard Muybridge. En 1954, il représente la Grande-Bretagne à la Biennale de Venise avec Ben Nicholson et Lucian Freud. En 1958, il rejoint Marlborough Fine Art, qui restera sa galerie jusqu’à sa mort.
En 1961, Bacon s’installe au 7 Reece Mews, à South Kensington : l’atelier légendaire, encombré de photographies, de livres et de pots de peinture, où il travaillera jusqu’à la fin. La Tate Gallery lui consacre une première rétrospective en 1962, présentée ensuite à Mannheim, Turin, Zurich et Amsterdam ; le Guggenheim de New York suit en 1963, puis Chicago et Houston. En 1963, il rencontre George Dyer, qui devient son compagnon et son modèle. En 1966, la Galerie Maeght l’expose à Paris, avec une préface de son ami l’écrivain Michel Leiris, et en 1967 il reçoit le prix Rubens de la ville de Siegen.
Le 26 octobre 1971 est inaugurée au Grand Palais une rétrospective qui marque sa consécration en France – honneur rarement accordé à un artiste vivant. Deux jours plus tôt, George Dyer a été retrouvé mort dans leur hôtel parisien. De ce deuil naissent les grands « triptyques noirs » du début des années 1970, parmi lesquels Triptych – August 1972 (Tate). L’exposition est ensuite présentée à la Kunsthalle de Düsseldorf en 1972.
Bacon partage désormais sa vie entre Londres et Paris, où il prend un atelier rue de Birague, dans le Marais, en 1974-1975. Le Metropolitan Museum of Art l’expose en 1975, la même année que paraissent les entretiens avec David Sylvester ; suivent le musée Cantini de Marseille (1976), la galerie Claude Bernard (1977), Mexico et Madrid. En 1981, Gilles Deleuze publie Francis Bacon. Logique de la sensation. La Tate organise une seconde rétrospective en 1985, reprise à Stuttgart et Berlin ; en 1988, la Nouvelle Galerie Tretiakov de Moscou présente ses toiles, première exposition d’un artiste britannique en Union soviétique, et en 1989 le Hirshhorn Museum de Washington ouvre une rétrospective américaine.
Contre l’avis de ses médecins, Bacon se rend à Madrid en avril 1992 ; il y meurt le 28 avril 1992 à la clinique Ruber, à 82 ans. Son atelier de Reece Mews a été reconstitué en 2001 à la Hugh Lane Gallery de Dublin. Le Centre Pompidou lui a consacré deux grandes expositions, en 1996 et en 2019 (Bacon en toutes lettres), et la Tate, le Prado et le Metropolitan Museum ont célébré son centenaire en 2008-2009. En 2013, Three Studies of Lucian Freud a atteint 142,4 millions de dollars chez Christie’s à New York.
Il faut le dire clairement : Francis Bacon n’a pratiquement jamais dessiné ni gravé lui-même ses planches. Dans les années 1960, il considérait l’estampe comme une simple reproduction. Les lithographies, eaux-fortes et aquatintes qui portent son nom sont, pour l’essentiel, des transpositions de ses tableaux réalisées par des ateliers spécialisés, sous son contrôle, puis approuvées, numérotées et signées au crayon par l’artiste. C’est ce contrôle et cette signature qui leur donnent leur statut d’estampe originale au sens du marché, et c’est ainsi que les recense le catalogue raisonné.
Le tournant date de 1975, lorsqu’Eddy Batache lui propose d’illustrer son essai sur René Crevel : avec le graveur parisien Georges Visat, Bacon réalise plusieurs eaux-fortes pour La Mysticité charnelle de René Crevel (1976). À partir des années 1980 et jusqu’en 1992, les estampes sont produites par des procédés modernes, toujours sous sa supervision, et Bacon tient à leur donner des titres français. On trouve notamment des lithographies en couleurs sur vélin d’Arches imprimées notamment par Arts Litho ou Art Estampe à Paris, éditées par la Galerie Maeght Lelong (Triptyque Août, 1979 ; Triptyque, 1983), la Galerie Lelong (Étude du corps humain d’après Ingres, 1984 ; Triptyque, 1989), les Éditions de la Différence (Trois études pour un autoportrait, 1981 ; Œdipe et le Sphinx, 1984) ou Michel Archimbaud pour l’IRCAM (Étude pour un portrait du pape Innocent X, 1989), ainsi qu’un Triptyque à l’eau-forte et à l’aquatinte édité par Polígrafa à Barcelone en 1987. Les tirages vont d’une trentaine à environ 180 exemplaires, avec quelques épreuves d’artiste et hors commerce.
L’amitié de Bacon avec Michel Leiris, rencontré en 1965, a donné naissance à son plus beau livre illustré : Miroir de la tauromachie, texte de Leiris de 1938 (illustré à l’origine par André Masson), réédité en 1990 par Daniel Lelong avec quatre lithographies originales signées, tiré à 150 exemplaires sur vélin d’Arches. Les Éditions de la Différence, qui publient en 1981 le livre de Gilles Deleuze, ont également édité plusieurs lithographies signées de Bacon. Ces ouvrages comptent parmi les pièces les plus recherchées de son œuvre graphique.
La référence est le catalogue raisonné de l’œuvre graphique établi par Bruno Sabatier (Francis Bacon : Œuvre graphique – Graphic Work. Catalogue raisonné, JSC Modern Art Gallery, Paris, 2012, préface d’Eddy Batache), cité sous la forme « Sabatier n° ». Les peintures sont, elles, répertoriées dans le catalogue raisonné de Martin Harrison publié par l’Estate of Francis Bacon en 2016, qui n’inclut pas les estampes.
Les estampes de Bacon offrent un accès rare à l’univers d’un peintre dont les toiles atteignent des sommets en vente publique. Pour bien acheter une lithographie ou une aquatinte de Francis Bacon, plusieurs points sont à vérifier : la technique et le papier (vélin d’Arches, Fabriano…), le tirage et la justification (numérotation, E.A., H.C.), la signature au crayon de l’artiste, la correspondance avec une entrée du catalogue Sabatier, l’éditeur et l’imprimeur, la provenance et l’état de conservation. Les fonds rouges, orange ou violets de nombreuses lithographies sont sensibles à la lumière : une feuille insolée ou jaunie perd beaucoup de sa valeur.
Une vigilance particulière s’impose sur les feuilles publiées après la mort de l’artiste : certaines estampes de 1992 portent non pas une signature autographe mais un cachet sec reproduisant sa signature et le timbre de l’Estate. Elles ne doivent pas être présentées comme « signées à la main ».
Estampe originale ou reproduction ? Le marché regorge d’affiches d’exposition, d’offsets non signés, de planches de revues comme Derrière le miroir et de tirages « d’après Bacon » édités bien après 1992. Ces images, souvent séduisantes, ne sont ni signées ni contrôlées par l’artiste. Même parmi les feuilles signées, certaines sont des lithographies offset (par exemple le Triptyque du musée Cantini, 1976) : leur prix doit refléter cette nature. Seule une estampe signée de sa main, justifiée et répertoriée par Sabatier relève véritablement de l’œuvre graphique de Francis Bacon.
La Galerie Le Coin des Arts sélectionne les estampes de Francis Bacon en veillant à leur authenticité, leur provenance et leur état de conservation, et accompagne les collectionneurs dans le choix de leur œuvre, son encadrement et sa conservation. Découvrez également les estampes de Alberto Giacometti, de Pablo Picasso, d’André Masson et de Henry Moore.
The Estate of Francis Bacon, Londres · MB Art Foundation, chronologie de Francis Bacon, Monaco · Bruno Sabatier, Francis Bacon : Œuvre graphique – Graphic Work. Catalogue raisonné, JSC Modern Art Gallery, Paris, 2012 · Martin Harrison, Francis Bacon: Catalogue Raisonné, The Estate of Francis Bacon, 2016 · Marlborough London, Francis Bacon: Selected Graphics, 2022 · Tate, Londres · Centre Pompidou, Paris · Wikipédia
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