(1896-1987)
André Masson, né le 4 janvier 1896 à Balagny-sur-Thérain (Oise) et mort le 28 octobre 1987 à Paris, est l’un des inventeurs du surréalisme en peinture. Pionnier du dessin automatique et des « tableaux de sable », proche de Georges Bataille et de Michel Leiris, exilé aux États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale où il annonce l’expressionnisme abstrait, il a aussi laissé un œuvre gravé et lithographié considérable, de 1924 aux années 1980 : eaux-fortes, pointes sèches, aquatintes et lithographies originales, souvent nées de sa collaboration avec les poètes.
La galerie Le Coin des Arts présente d’André Masson des œuvres uniques et des estampes : le pastel L’Enlèvement d’Europe (1932), le dessin Pour l’espoir (1948), l’encre Monument (1960) et un dessin Sans titre (1972) ; des lithographies comme La Lune et le Soleil (1968), L’Armure secrète et La Métamorphose de la femme (1970), Astres et visages et les planches des Sonnets de Louise Labé (1972), ainsi qu’un Sans titre de 1940 ; enfin les gravures Pour Saint-Pol Roux (1961, eau-forte et aquatinte), La Jérusalem délivrée et Pyrame et Thisbé (1979, eau-forte). Chaque pièce est retenue pour la qualité de l’impression, le tirage, la provenance et l’état.
Le travail de son père conduit la famille à Lille puis à Bruxelles. À onze ans, André Masson entre à l’Académie royale des beaux-arts de Bruxelles, dans l’atelier de Constant Montald ; le poète Émile Verhaeren conseille à ses parents de l’envoyer à Paris, où il fréquente l’atelier de fresque de Paul Baudouin à l’École des beaux-arts. Engagé dans l’infanterie pendant la Grande Guerre, il est grièvement blessé en 1917 lors de l’offensive du Chemin des Dames et passe de longs mois à l’hôpital. Ce traumatisme hantera toute son œuvre : la violence, le massacre, la métamorphose du vivant. Convalescent, il peint en Provence puis à Céret en 1919.
Marié en 1920 à Odette Cabalé, père de Lily, Masson signe au début des années 1920 un contrat avec Daniel-Henry Kahnweiler, qui lui permet de se consacrer à la peinture. Son atelier du 45, rue Blomet, voisin de celui de Joan Miró, réunit Michel Leiris, Georges Limbour, Roland Tual, Armand Salacrou et parfois Antonin Artaud. Sa première exposition personnelle a lieu à la Galerie Simon, celle de Kahnweiler, en février 1924 ; la même année il rejoint André Breton et le groupe surréaliste. Ses dessins automatiques, tracés sans contrôle de la raison, et, à partir de 1926-1927, ses tableaux de sable – colle et sable jetés sur la toile, comme Bataille de poissons (1926) – font de lui l’un des peintres majeurs du premier surréalisme. En 1929, il s’éloigne de Breton et se rapproche de Georges Bataille, rencontré fin 1924 par Leiris ; il peint ses séries de Massacres (1931-1934).
Après les émeutes du 6 février 1934, Masson épouse Rose Maklès – sœur de Sylvia, alors femme de Bataille et future épouse de Jacques Lacan – et s’installe en juin 1934 à Tossa de Mar, sur la Costa Brava. Une nuit passée sur la montagne de Montserrat lui inspire une série de paysages cosmiques ; il peint l’Aragon, les insectes, les scènes de tauromachie. Leurs fils Diego (né en 1935) et Luis naissent en Espagne. De retour en France en 1936, il dessine la couverture d’Acéphale, la revue de Bataille, illustre Sacrifices (cinq eaux-fortes, GLM, 1936), crée en 1937 décors et costumes de Numance de Cervantès mis en scène par Jean-Louis Barrault, et participe à l’exposition internationale du surréalisme de Londres (1936) puis de Paris (1938), réconcilié avec Breton.
Ses œuvres sont qualifiées de « dégénérées » par l’occupant. Aidé à Marseille par Varian Fry et financé par la collectionneuse de Baltimore Saidie A. May, il gagne en 1941 la Martinique, où il retrouve Breton, puis New York. Établi à New Preston, dans le Connecticut, voisin de Calder et de Tanguy, il peint ses toiles « telluriques » et publie Anatomie de mon univers (1943) ; son automatisme et ses tableaux de sable marquent la jeune génération, Jackson Pollock en tête. Rentré en France en octobre 1945, il s’installe en 1947 au Tholonet, près d’Aix-en-Provence, face à la montagne Sainte-Victoire. Les années 1950 sont celles d’une période dite « asiatique », de la Biennale de Venise (salle personnelle en 1958) et des grandes expositions européennes.
Installé rue de Sévigné, dans le Marais, à partir de 1963, Masson conçoit les décors de Wozzeck à l’Opéra de Paris (1963) et peint en 1965 le plafond du Théâtre de l’Odéon, l’année de sa rétrospective au Musée national d’art moderne. Pour ses quatre-vingts ans, le MoMA organise en 1976 une rétrospective présentée ensuite à Houston puis au Grand Palais (1977) ; le Centre Pompidou lui rend hommage en 1982. Depuis sa mort, le Centre Pompidou-Metz lui a consacré l’exposition Il n’y a pas de monde achevé (29 mars – 2 septembre 2024).
L’estampe est indissociable du livre chez Masson. Dès 1924-1925, il grave des pointes sèches et livre ses premières lithographies pour Simulacre de Leiris (1925), puis illustre Bataille (Histoire de l’œil, 1928 ; L’Anus solaire, 1931 ; Sacrifices, 1936) et Aragon. À New York, il édite Mythology of Being (Wittenborn, 1942, eau-forte en couleurs et aquatinte). Après-guerre, il travaille la lithographie chez Mourlot (1947), grave en 1949 ses premières eaux-fortes en couleurs pour Les Conquérants de Malraux, confie ses cuivres à l’atelier Lacourière (Les Hain-Teny de Paulhan, 1956) et, dans les années 1970, aux frères Crommelynck (Le Septième Chant, 1974). L’Albertina de Vienne lui consacre dès 1958 une première rétrospective de gravures. Voir aussi notre page sur la taille-douce.
Trois catalogues font référence : André Masson. Gravures 1924-1972 (Fribourg, Office du Livre, 1973) ; Lawrence Saphire, André Masson. The Complete Graphic Work, vol. 1, Surrealism 1924-1949 (New York, 1990), cité « Saphire 46 » ; et Lawrence Saphire et Patrick Cramer, André Masson. The Illustrated Books. Catalogue raisonné (Genève, Patrick Cramer, 1994), cité « Cramer 99 » pour Le Septième Chant. Une estampe de livre se décrit donc par son numéro Cramer, une planche isolée par son numéro Saphire.
Catalogue raisonné. Rapprochez toujours l’épreuve d’un numéro Saphire ou Cramer et vérifiez dimensions, technique et date. Les planches d’après-1949 non encore couvertes par Saphire se documentent par le catalogue de 1973 et les colophons.
Tirage et justification. Les livres de bibliophilie sont tirés à quelques dizaines ou centaines d’exemplaires, avec des suites sur japon et des exemplaires hors commerce ; la justification doit correspondre au colophon.
Signature. Les planches isolées sont en principe signées au crayon ; beaucoup de planches de livres, comme celles du Septième Chant, ne le sont pas par définition. Une signature imprimée dans la pierre n’a pas la valeur d’une signature manuscrite.
Planches de revues et affiches. Les lithographies insérées dans la revue XXe Siècle ou les affiches de la Galerie Louise Leiris sont des documents authentiques mais distincts des épreuves signées et numérotées ; leur prix doit le refléter.
Papier et état. Vélin d’Arches, Rives ou japon : les marges doivent être complètes, sans rousseurs ni insolation. Les sanguines et les encres de couleur pâlissent à la lumière ; prévoyez un encadrement sous verre anti-UV.
Provenance. Masson a été défendu par Kahnweiler et la Galerie Louise Leiris pendant toute sa carrière : une provenance de cette galerie est un gage sérieux. Nos garanties figurent sur la page authenticité.
La galerie sélectionne les estampes et dessins d’André Masson aux côtés de ceux de ses compagnons : Joan Miró, Max Ernst, Pablo Picasso, Wifredo Lam et Alberto Giacometti. Découvrez aussi le surréalisme et nos livres illustrés.
André Masson. Gravures 1924-1972, Fribourg, Office du Livre, 1973 · Lawrence Saphire, André Masson. The Complete Graphic Work, vol. 1, New York, 1990 · Lawrence Saphire et Patrick Cramer, André Masson. The Illustrated Books. Catalogue raisonné, Genève, Patrick Cramer, 1994 · William Rubin et Carolyn Lanchner, André Masson, New York, The Museum of Modern Art, 1976 · André Masson. Il n’y a pas de monde achevé, Centre Pompidou-Metz, 2024 · Centre Pompidou-Metz · MoMA – Bataille de poissons, 1926 · Museo Reina Sofía – André Masson, 2004
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