(1927-2005)
Piero Dorazio, né le 29 juin 1927 à Rome et mort le 17 mai 2005 à Pérouse, est l’une des figures majeures de l’abstraction italienne d’après-guerre. Cofondateur du groupe Forma 1 en 1947, passeur infatigable entre Rome, Paris, Berlin et New York, il a enseigné pendant près de dix ans à l’université de Pennsylvanie, à Philadelphie, avant de se retirer en Ombrie, près de Todi. Ses toiles tissées de bandes et de trames colorées, que l’on a rapprochées tour à tour de l’art concret, de la peinture « Color Field » et du mouvement ZERO, trouvent dans la lithographie, l’aquatinte et la sérigraphie un prolongement naturel.
La galerie Le Coin des Arts présente plusieurs lithographies originales de Piero Dorazio éditées à Saint-Gall par la galerie Im Erker et sa presse, l’Erker-Presse : une planche de l’Hommage à Hans Arp (1967, tirage à 100 exemplaires) et trois feuilles des publications Erker-Treffen : Erker-Treffen 2 (1974), Erker-Treffen 3 (1976) et Erker-Treffen 4 (1987), chacune tirée à 200 exemplaires et signée au crayon. Elles ont été retenues pour la fraîcheur des couleurs, la netteté de l’impression, la justification lisible et l’état du papier.
Né Piero D’Orazio, il quitte Rome avec sa famille en 1943 pour les Abruzzes, d’où elle est originaire. Après la guerre, il travaille brièvement comme traducteur pour l’armée britannique, puis étudie l’architecture à l’université de Rome (1945-1951). Attiré par la peinture sous l’influence des futuristes Giacomo Balla et Gino Severini, il participe au groupe Arte Sociale, puis cosigne en 1947, avec notamment Pietro Consagra, Achille Perilli et Giulio Turcato, le manifeste de Forma 1, qui revendique une abstraction formelle face au réalisme alors dominant. La même année, une bourse du gouvernement français lui permet de passer un an à l’École des Beaux-Arts de Paris, où il rencontre Jean Arp, Georges Braque, Sonia Delaunay, Le Corbusier, Antoine Pevsner et Georges Vantongerloo. De retour à Rome, il ouvre en 1950 avec Perilli et Mino Guerrini la librairie-galerie L’Age d’Or, consacrée à l’art abstrait, et anime en 1952, avec Alberto Burri et Ettore Colla, la fondation Origine et sa revue Arti Visive. Il expose la même année à la Biennale de Venise.
Invité en 1953 au séminaire international d’été de Harvard, Dorazio reste ensuite un an à New York, où il rencontre Clement Greenberg, Franz Kline, Robert Motherwell et Mark Rothko. Il y tient ses premières expositions personnelles, à la One-Wall Gallery de George Wittenborn (octobre 1953) et à la Rose Fried Gallery. Rentré à Rome en 1954, il voyage régulièrement à Paris, Londres et Berlin, où il se lie avec le critique Will Grohmann et le marchand Rudolf Springer. En 1955, il publie La fantasia dell’arte nella vita moderna, présenté comme le premier livre paru en Italie sur l’art moderne international. Sa peinture se resserre alors en réseaux de traits et de hachures superposés, véritables « trames » vibrantes de lumière, qui le rapprochent des artistes allemands du groupe ZERO, Heinz Mack et Otto Piene, sans qu’il en soit membre. En 1957, il expose pour la première fois seul à Rome, à la galerie La Tartaruga, et en 1959 il participe à la documenta II de Kassel.
De 1960 à 1969, Dorazio enseigne chaque année un semestre à la Graduate School of Fine Arts de l’université de Pennsylvanie, dont il contribue à structurer le département des beaux-arts, et participe en 1963 à la fondation de l’Institute of Contemporary Art de Philadelphie. Sa carrière européenne s’accélère en parallèle : salle personnelle à la Biennale de Venise de 1960, prix Kandinsky en 1961, participation à la documenta III en 1964. En 1965, ses toiles figurent dans The Responsive Eye au Museum of Modern Art de New York, exposition fondatrice de l’art optique. Ses bandes entrecroisées s’élargissent et ses couleurs se saturent, comme dans Very Sharp (1965), conservé à la Tate de Londres. Il retrouve la Biennale de Venise en 1966.
Rentré en Italie en 1970, il voyage en Grèce, en Afrique et au Moyen-Orient, puis transfère en 1974 son atelier de Rome vers l’Ombrie, dans un ancien ermitage proche de Todi. Les rétrospectives se succèdent : musée d’Art moderne de la Ville de Paris en 1979, exposition organisée la même année par l’Albright-Knox Art Gallery de Buffalo, Galleria nazionale d’arte moderna de Rome (décembre 1983 – février 1984), nouvelle salle à la Biennale de Venise de 1988. Dans les années 1990, il dirige un programme de mosaïques pour les stations du métro de Rome et en réalise une lui-même. Membre de l’Akademie der Künste de Berlin, il reçoit en 2003 une vaste rétrospective à l’IVAM de Valence. Il meurt à l’hôpital de Pérouse en 2005, à 77 ans.
L’estampe occupe chez Dorazio une place considérable. Ses premières lithographies datent au moins des années 1950 : le Walker Art Center de Minneapolis conserve une Lithograph #12 de 1957. Dans les années 1960 et 1970, il travaille l’eau-forte et l’aquatinte avec des imprimeurs romains comme Renzo Romero, puis, plus tard, des ateliers proches de Todi. Ses éditions paraissent chez des éditeurs italiens, américains et suisses. Parmi ces derniers, la galerie Im Erker de Saint-Gall, fondée par Franz Larese et Jürg Janett, et sa presse lithographique, l’Erker-Presse, tiennent une place à part : elles publient en 1967 le portfolio Hommage à Hans Arp, auquel participe aussi Giuseppe Santomaso, puis la série des Erker-Treffen, à laquelle Dorazio contribue en 1974, 1976 et 1987 aux côtés d’autres artistes de la maison. Dans l’Erker-Treffen 2 (1974), feuillet plié, sa lithographie fait face à un poème lithographié de Peter Huchel. L’Erker-Presse publie également en 1971 La Luce. Poesie 1914-1961 de Giuseppe Ungaretti, livre illustré de lithographies de Dorazio.
L’ouvrage de référence est Piero Dorazio. L’opera incisa (1962-1993), catalogue raisonné de l’œuvre gravé établi par Gabriele Simongini (Edizioni Pananti, Florence, 1995), qui décrit 327 estampes (eaux-fortes, aquatintes, lithographies, sérigraphies) avec leurs tirages et leurs états. Une référence « Simongini 325 » renvoie au numéro de la planche dans ce livre. Les lithographies antérieures à 1962 et les estampes postérieures à 1993 n’y figurent pas. Pour les peintures et sculptures, l’Archivio Piero Dorazio de Milan prépare un catalogue raisonné, annoncé chez Skira en 2026.
Tirage et justification. Les lithographies de l’Erker-Presse présentées par la galerie sont tirées à 100 (Hommage à Hans Arp) ou 200 exemplaires (Erker-Treffen), numérotés au crayon. Certaines aquatintes connaissent plusieurs séries : l’Elogio a Baudelaire de 1993 combine numérotation arabe, numérotation romaine, exemplaires lettrés et épreuves d’artiste. Voir notre page sur le tirage.
Signature. Les estampes originales sont signées à la main au crayon, le plus souvent en bas à droite. Une signature reproduite dans l’image désigne une affiche ou une reproduction. Voir la signature.
Catalogue raisonné. Pour les gravures de 1962 à 1993, demandez le numéro Simongini. Pour les éditions de Saint-Gall, la mention de l’Erker-Presse et le titre du recueil (Hommage à Hans Arp, Erker-Treffen) suffisent à identifier la feuille.
Feuilles de recueil. Certaines planches proviennent de portfolios ou de feuillets pliés, comme l’Erker-Treffen 2 : une feuille complète, non coupée, avec son texte d’accompagnement, est préférable.
Affiches. Les affiches des Jeux olympiques de Munich (1972) ou de Sarajevo (1984) dessinées par Dorazio circulent en grand nombre : ce ne sont pas des estampes originales signées et numérotées.
État. Les bandes de couleur pure craignent la lumière et révèlent la moindre éraflure. Vérifiez l’uniformité des teintes et l’absence d’insolation, et choisissez un encadrement avec verre anti-UV. Nos garanties figurent sur la page authenticité.
La galerie sélectionne les lithographies de Piero Dorazio pour leur qualité d’impression et leur provenance. Son œuvre dialogue avec ceux de Hans Arp, de Giuseppe Santomaso, de Max Bill, de Fritz Wotruba et de Bernhard Heiliger, autres artistes de l’Erker-Presse. Découvrez aussi l’art contemporain et nos gravures et lithographies.
Gabriele Simongini (dir.), Piero Dorazio. L’opera incisa (1962-1993), Edizioni Pananti, Florence, 1995 · Piero Dorazio, a Retrospective, Albright-Knox Art Gallery, Buffalo, 1979 · Dorazio, Galleria nazionale d’arte moderna, Rome, Electa, 1983 · Francesca Pola, Piero Dorazio e il movimento internazionale ZERO, Skira, Milan, 2021 · Collection Peggy Guggenheim – Piero Dorazio · documenta – II. documenta (1959) · Tate – Very Sharp, 1965 · Museum of Fine Arts, Houston – Hommage à Hans Arp, 1967 · IVAM – Piero Dorazio (2003)
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