(1911-2002)
Roberto Matta (Roberto Sebastián Matta Echaurren), né le 11 novembre 1911 à Santiago du Chili et mort le 23 novembre 2002 à Civitavecchia, près de Rome, est un peintre et graveur chilien, naturalisé français en 1969. Architecte de formation, passé par l’atelier de Le Corbusier, il rejoint le surréalisme en 1937 et invente ses « morphologies psychologiques », paysages intérieurs qu’il appelle inscapes. Exilé à New York de 1939 à 1948, il a joué un rôle de passeur entre les surréalistes européens et les jeunes peintres américains. Il laisse un abondant œuvre gravé : eaux-fortes et aquatintes en couleurs, souvent rehaussées de gaufrage, et de nombreux livres illustrés publiés pour l’essentiel par Georges Visat.
La galerie Le Coin des Arts présente plusieurs feuilles de deux ensembles majeurs : Les Voix (1964), eaux-fortes et aquatintes en couleurs gravées pour le texte de Michel Fardoulis-Lagrange, et Centre Nœuds (1974), suite d’eaux-fortes en couleurs de la maturité. Chaque épreuve est retenue pour la qualité de l’impression, la fraîcheur des couleurs, la justification, la provenance et l’état du papier.
Issu d’une famille d’ascendance espagnole, basque et française, Matta étudie l’architecture et la décoration intérieure à l’Université pontificale catholique du Chili, à Santiago, dont il sort diplômé au début des années 1930. Il gagne ensuite l’Europe et entre à Paris dans l’atelier de Le Corbusier, où il travaille environ deux ans. Les années 1930 sont celles des voyages et des rencontres : en Espagne, il fait la connaissance de Federico García Lorca et de Salvador Dalí ; il voyage aussi en Scandinavie, où il rencontre Alvar Aalto, et à Londres. En 1937, il collabore avec Josep Lluís Sert et Luis Lacasa au pavillon de la République espagnole de l’Exposition internationale de Paris, celui-là même où est montré Guernica de Picasso. La même année, il rencontre André Breton, qui l’accueille dans le groupe surréaliste ; ses dessins paraissent dans la revue Minotaure.
Matta abandonne l’architecture pour se consacrer au dessin, puis passe à la peinture à l’huile en 1938. Il participe la même année à l’Exposition internationale du surréalisme à la Galerie des Beaux-Arts, à Paris. Ses toiles, peintes par couches fluides souvent posées à l’éponge avant d’être reprises au pinceau, montrent des espaces sans horizon, traversés de foyers lumineux et de lignes de force : il les nomme « morphologies psychologiques » ou inscapes, des paysages de l’intérieur de l’esprit. L’automatisme cher à Breton y prend une dimension cosmique, à mi-chemin entre la géométrie de l’architecte et l’improvisation du peintre.
À la déclaration de guerre, Matta quitte l’Europe pour New York, où se retrouvent Breton, Max Ernst, André Masson et Yves Tanguy. La Julien Levy Gallery lui offre en 1940 sa première exposition personnelle ; en 1941, un voyage au Mexique le confronte aux muralistes et agrandit ses formats. En 1942, il figure dans l’exposition « Artists in Exile » de la Pierre Matisse Gallery. Plus jeune que les surréalistes exilés, il fréquente les peintres américains, Arshile Gorky, Jackson Pollock, Robert Motherwell, sur lesquels sa pratique de l’automatisme exerce une influence reconnue. En 1943, il grave ses premières planches. Il rencontre Marcel Duchamp en 1944. Mais en 1948, après le suicide de Gorky, dont certains le tiennent pour en partie responsable, il est exclu du groupe surréaliste et rentre en Europe.
Matta vit d’abord à Rome, au début des années 1950, puis se fixe à Paris. Sa peinture se peuple désormais de figures mécaniques et de machines, reflets des tensions de la guerre froide. Il exécute en 1956 une peinture murale pour le siège de l’UNESCO à Paris ; en 1957, le Museum of Modern Art de New York lui consacre une rétrospective. Il expose à la Biennale de São Paulo en 1962 et se rend la même année pour la première fois à Cuba, où il préside en 1968 un congrès culturel à La Havane ; Paris lui consacre une rétrospective au musée d’Art moderne la même année. Naturalisé français en 1969, il soutient le gouvernement de Salvador Allende au Chili. Viennent ensuite la rétrospective de la Nationalgalerie de Berlin (1970), puis la Biennale de Venise et la Kestner-Gesellschaft de Hanovre en 1974.
À la fin des années 1970, Matta séjourne à Londres, où la Hayward Gallery présente son œuvre à l’automne 1977. En 1985, le Centre Pompidou organise une grande exposition de son œuvre. Les honneurs se succèdent : prix national d’Art du Chili et rétrospective au musée national des Beaux-Arts de Santiago en 1990, prix Prince des Asturies des Arts en 1992, Praemium Imperiale pour la peinture, décerné à Tokyo par la Japan Art Association, en 1995. Partageant ses dernières années entre Paris et Tarquinia, en Italie, il s’éteint à Civitavecchia le 23 novembre 2002, à 91 ans. Il est le père notamment de Gordon Matta-Clark, de Ramuntcho Matta, de Federica Matta et de Pablo Echaurren. Le Kunstforum de Vienne lui a consacré en 2024 une exposition accompagnée du catalogue Matta-log, dirigé par Fabrice Flahutez.
Matta aborde la taille-douce à New York en 1943, dans l’entourage de l’Atelier 17 de Stanley William Hayter. Mais l’essentiel de ses estampes naît à Paris, à partir des années 1960, dans l’atelier du maître imprimeur et éditeur Georges Visat. Matta y développe une écriture propre : eau-forte pour le trait nerveux, aquatinte pour les fonds colorés et vaporeux, et souvent un gaufrage qui donne du relief au papier. Les Voix (1964), coédité par Visat et Le Point Cardinal sur un texte de Michel Fardoulis-Lagrange, réunit des eaux-fortes et aquatintes en couleurs avec gaufrage ; l’Art Institute of Chicago et le Museum of Fine Arts de Houston en conservent des exemplaires. Centre Nœuds (1974), coédité par Visat et Alexander Kahan à New York, est une suite de dix eaux-fortes et aquatintes en couleurs accompagnée d’un poème d’Antonin Artaud. Citons encore Hom’mère – Chaosmos (1973), suite de dix eaux-fortes avec aquatinte. Beaucoup de ces ensembles sont des livres illustrés en feuilles, accompagnés d’une suite sur Japon.
Le catalogue raisonné de référence est celui de Roland Sabatier, Matta. Catalogue raisonné de l’œuvre gravé (1943-1974), coédité par les éditions Sonet (Stockholm) et Georges Visat (Paris) en 1975. Une estampe y est désignée « Sabatier » suivi de son numéro, parfois de la page : une notice indiquant « Sabatier 275 » renvoie à la planche n° 275 de ce volume. Les planches postérieures à 1974 n’y figurent pas, et quelques planches new-yorkaises de 1943, publiées plus tard, n’y sont pas recensées.
Catalogue raisonné. Pour une estampe antérieure à 1975, demandez la référence Sabatier : elle identifie la planche, sa date, la suite ou le livre dont elle provient.
Tirage et justification. Les tirages de Matta tournent souvent autour d’une centaine d’exemplaires numérotés (110 pour Les Voix, 125 pour Centre Nœuds), complétés d’épreuves hors commerce en chiffres romains. Les suites sur Japon accompagnant les livres sont plus rares. Voir le tirage.
Signature. Les épreuves de l’édition sont signées au crayon « Matta » et numérotées. Les planches d’un livre peuvent ne pas être signées individuellement : la justification figure alors au colophon. Voir la signature.
Papier et couleurs. Arches, Rives ou Japon : vérifiez la fraîcheur des aquatintes, sensibles à la lumière, et la netteté du gaufrage, qui s’écrase si la feuille a été pressée. Un encadrement de conservation, sous verre anti-UV et avec un passe-partout épais, préserve le relief.
Feuilles de livres. Une planche de Les Voix ou de Centre Nœuds vendue seule est une estampe originale à part entière ; indiquez-en simplement la provenance (exemplaire, suite).
Pièges. Affiches d’exposition, lithographies offset et reproductions de tableaux ne sont pas des estampes originales. Nos garanties sont détaillées sur la page authenticité.
La galerie sélectionne les gravures de Matta aux côtés de celles de ses compagnons de route surréalistes : Wifredo Lam, André Masson, Max Ernst, Dorothea Tanning et Hans Bellmer. Découvrez aussi le surréalisme et nos gravures et lithographies.
Roland Sabatier, Matta. Catalogue raisonné de l’œuvre gravé (1943-1974), Sonet, Stockholm / Georges Visat, Paris, 1975 · Fabrice Flahutez (dir.), Matta-log, Kunstforum Wien, 2024 · Praemium Imperiale – Matta · Collection Peggy Guggenheim – Roberto Matta · Musée Thyssen-Bornemisza – Matta · Art Institute of Chicago – Les Voix · Fondation Princesse des Asturies – 1992
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