(1909-2005)
Portrait de Zoran Music par Michel-Georges Bernard — CC BY-SA 3.0
Zoran Mušič (1909-2005), souvent écrit Zoran Music en France, est un peintre, dessinateur et graveur né sur les terres slovènes de l’Empire austro-hongrois, qui a partagé sa vie entre Venise et Paris. Proche des peintres de la nouvelle École de Paris, il a construit une œuvre à part, faite de paysages dalmates épurés, de vues de Venise et d’autoportraits, mais surtout marquée par sa déportation à Dachau en 1944-1945, dont il a tiré le cycle bouleversant « Nous ne sommes pas les derniers ». Graveur de premier plan, il a reçu le grand prix de la gravure à la Biennale de Venise de 1956.
La Galerie Le Coin des Arts à Paris présente des gravures originales de Zoran Mušič – eaux-fortes et pointes sèches signées à la main – ainsi que le livre illustré Jardins déserts peut-être et une affiche, sélectionnés pour la qualité de leur impression, leur provenance et leur état de conservation.
Anton Zoran Mušič naît le 12 février 1909 à Bukovica, près de Gorizia, alors en Autriche-Hongrie (aujourd’hui en Slovénie), dans une famille d’instituteurs slovènes. La Première Guerre mondiale et les redécoupages de frontières font de son enfance une suite de déplacements : la famille se réfugie en Styrie, puis s’installe un temps à Griffen, en Carinthie autrichienne, avant de se fixer en Basse-Styrie. Il achève ses études secondaires à Maribor en 1928. C’est dans le monde germanique qu’il découvre la peinture de la Sécession viennoise, de Klimt et de Schiele, qui comptera dans ses débuts.
En 1930, Mušič entre à l’Académie des beaux-arts de Zagreb, dans l’atelier du peintre Ljubo Babić. Son diplôme obtenu, il part en 1935 pour l’Espagne : à Madrid, il passe de longues heures au musée du Prado à copier Goya, Velázquez et le Greco, qu’il suit jusqu’à Tolède. Goya, en particulier, restera pour lui une référence majeure, jusque dans les autoportraits de sa vieillesse.
De retour en Yougoslavie, il accomplit son service militaire, puis passe plusieurs étés en Dalmatie, notamment à Korčula. Les collines pelées, les ânes et les chevaux, les femmes en noir de ces terres arides deviennent ses motifs de prédilection. En 1942, il peint des fresques dans des églises de la région de Gorizia.
En octobre 1943, Mušič découvre Venise, ses mosaïques byzantines et ses primitifs. Il y expose en 1944, mais en octobre de la même année il est arrêté par la Gestapo, soupçonné d’activités antiallemandes, interrogé à Trieste, puis déporté en novembre 1944 au camp de concentration de Dachau.
Au péril de sa vie, il y dessine en cachette, sur des bouts de papier, les détenus, les mourants et les monceaux de cadavres : près de deux cents dessins, dont une partie seulement a été sauvée. Ces feuilles, d’une sobriété terrible, sont aujourd’hui conservées dans plusieurs musées, dont le Centre Pompidou. Le camp est libéré par l’armée américaine le 29 avril 1945.
À l’automne 1945, Mušič s’installe à Venise, où il épouse en 1949 la peintre Ida Cadorin Barbarigo. Il peint alors des motifs dalmates lumineux et réalise en 1947 ses premières eaux-fortes et pointes sèches, puis en 1948 ses premières lithographies. En 1951, il partage avec Antonio Corpora le prix Paris décerné à Cortina d’Ampezzo, qui lui ouvre les portes de la Galerie de France : il y expose pour la première fois en 1952.
Dès lors, il vit principalement à Paris, tout en gardant son atelier vénitien. Il participe à la documenta de Cassel en 1955 et 1959, et reçoit en 1956 le grand prix de la gravure à la Biennale de Venise. Ses tableaux des années 1950 et 1960 glissent vers une abstraction lyrique de terres, de collines et de rochers, en écho à l’art des peintres de la Galerie de France.
En 1970, vingt-cinq ans après sa libération, Mušič revient aux images de Dachau. Le cycle « Nous ne sommes pas les derniers » (1970-1976), présenté à la Galerie de France, rassemble peintures, dessins et gravures. Son titre est un avertissement : les massacres qu’il a vus peuvent se reproduire partout. Une rétrospective lui est consacrée au musée d’Art moderne de la Ville de Paris en 1972.
Suivent les cycles des paysages rocheux, du canal de la Giudecca, des Intérieurs de cathédrale (à partir de 1982), de l’Atelier (1983) et des autoportraits. Commandeur des Arts et des Lettres en 1981, il reçoit en 1991 le prix Prešeren, la plus haute distinction artistique slovène. En 1995, les Galeries nationales du Grand Palais lui consacrent une grande rétrospective, inaugurée par François Mitterrand et le président slovène Milan Kučan. Presque aveugle à la fin de sa vie, il meurt à Venise le 25 mai 2005, à 96 ans.
La gravure accompagne toute la carrière de Mušič. Il pratique surtout la taille-douce – eau-forte, pointe sèche, aquatinte – qui convient à son trait nerveux et à ses gris profonds, mais aussi la lithographie. Ses cuivres sont imprimés à Paris par l’atelier Lacourière, devenu Lacourière et Frélaut, l’un des grands ateliers de taille-douce du XXe siècle.
Ses éditeurs sont notamment la Galerie de France à Paris – par exemple pour Ombre sur le Carse (1958), tirée à 300 exemplaires – et la Galerie Schmücking de Brunswick (Braunschweig), en Allemagne, qui a publié plusieurs de ses estampes et livres. Les planches de « Nous ne sommes pas les derniers », gravées à partir de 1970 et éditées par Lacourière-Frélaut, transposent dans le cuivre les silhouettes décharnées des dessins de Dachau.
Parmi les livres illustrés, Jardins déserts peut-être (1976) réunit un poème de Jean Lescure et dix pointes sèches originales de Mušič, tiré à 115 exemplaires sur vélin de Rives, publié par Schmücking et imprimé par Lacourière et Frélaut.
L’œuvre gravé ancien est répertorié dans le catalogue raisonné de Rolf Schmücking, Music. Das graphische Werk 1947 bis 1962 (Brunswick, 1962), cité sous la forme « Schmücking n° ».
Les gravures de Mušič permettent d’approcher, dans un format intime, une œuvre conservée par les plus grands musées, du Centre Pompidou à la Tate et au Museum of Modern Art de New York. Pour bien choisir une estampe, plusieurs points sont à vérifier :
La technique (eau-forte, pointe sèche, aquatinte, lithographie) ; le tirage et la justification (numérotation, épreuve d’artiste, H.C.) ; la signature au crayon ; la référence au catalogue raisonné Schmücking pour les estampes de 1947 à 1962 ; l’éditeur et l’imprimeur (Galerie de France, Schmücking, Lacourière et Frélaut) ; le papier (vélin de Rives, BFK Rives…) ; la provenance et l’état de conservation (marges, rousseurs, insolation). Pour une pointe sèche, la qualité de l’épreuve est essentielle : les barbes du métal s’usent au fil du tirage.
Estampe originale ou reproduction ?Une estampe originale est gravée par l’artiste lui-même et imprimée sous son contrôle à partir de la plaque. Il existe aussi des affiches d’exposition et des reproductions de ses tableaux : elles ne sont ni numérotées ni gravées, et doivent être présentées comme telles.
La Galerie Le Coin des Arts sélectionne les estampes originales de Zoran Mušič en veillant à leur authenticité, leur provenance et leur état de conservation, et accompagne les collectionneurs dans leur choix, leur encadrement et leur conservation. Découvrez également les estampes de Jean Bazaine, Alfred Manessier, Zao Wou-Ki, Maria Helena Vieira da Silva et Serge Poliakoff, figures de la nouvelle École de Paris.
Wikipédia, Zoran Mušič · Larousse, Dictionnaire de la peinture · Museo Thyssen-Bornemisza · Tate, Zoran Music · Estorick Collection, Londres (2000) · Rolf Schmücking, Music. Das graphische Werk 1947 bis 1962, Brunswick, Galerie Schmücking, 1962.
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