(1902-1976)
André Lanskoy (Andreï Mikhaïlovitch Lanskoï), né à Moscou en 1902 et mort à Paris en 1976, est l’un des grands coloristes de la Nouvelle École de Paris. Fils d’un comte de l’Empire russe, émigré après la guerre civile, il arrive à Paris en 1921, y peint d’abord des intérieurs et des portraits d’une couleur violente, puis devient dans les années 1940 l’un des pionniers de l’abstraction lyrique. Peintre avant tout, il a aussi conçu des cartons de tapisserie, des mosaïques, des livres d’artiste et une série de lithographies en couleurs liée au Journal d’un fou de Nicolas Gogol.
La galerie Le Coin des Arts présente de Lanskoy une gouache originale, pièce unique, Composition dans les verts, et plusieurs lithographies signées : deux planches du Journal d’un fou, datées 1973 et 1976, Composition sur fond bleu et un Sans titre de 1969. Chaque feuille est retenue pour la fraîcheur de ses couleurs, la qualité du tirage, l’état du papier et la clarté de sa justification.
Issu d’une famille de la haute noblesse, fils du comte Mikhaïl Mikhaïlovitch Lanskoï, André grandit à Saint-Pétersbourg, où on le destine à la carrière des armes : il entre au Corps des pages. Adolescent, il est frappé par les décors de théâtre de Serge Soudeïkine. La révolution de 1917 bouleverse tout : réfugié à Kiev, il s’engage dans l’Armée blanche, qu’il suit jusqu’en Crimée, puis gagne Constantinople. Selon le dossier pédagogique du LaM de Villeneuve-d’Ascq, il aurait reçu à Kiev des leçons de gouache et de couleur auprès d’Alexandra Exter.
Arrivé à Paris au printemps 1921, Lanskoy se met aussitôt à peindre, fréquente l’atelier de Soudeïkine et l’Académie de la Grande Chaumière, et travaille sur le motif à Meudon et Clamart. Le Louvre, Van Gogh, Cézanne, Matisse et Soutine nourrissent une peinture épaisse et saturée. Dès 1923, il participe à l’exposition de peintres russes de la galerie La Licorne et commence à exposer au Salon d’automne, où le critique et marchand allemand Wilhelm Uhde remarque sa toile La Noce. Sur sa recommandation, la galerie Bing, rue La Boétie, lui offre en 1925 sa première exposition personnelle et un contrat. La même année, le collectionneur lillois Roger Dutilleul achète son premier Lanskoy ; à partir de la fin des années 1920, quand les ventes s’effondrent, il le soutient régulièrement pendant une quinzaine d’années. Une grande partie de cette collection, complétée par son neveu Jean Masurel, appartient aujourd’hui au LaM.
Vers 1937, la découverte de Paul Klee et de Vassily Kandinsky éloigne Lanskoy de l’objet. Au début des années 1940, il rompt avec la figuration : intérieurs et natures mortes se décomposent en taches et en signes colorés. En pleine Occupation, alors que l’abstraction est mal vue, la galerie Jeanne Bucher lui consacre du 4 au 20 mai 1944 une exposition de gouaches et de peintures ; c’est là qu’il rencontre Nicolas de Staël, son compatriote. Dutilleul le recommande ensuite à Louis Carré, qui le prend sous contrat et l’expose en 1948 (Œuvres 1944-1948). L’État achète dès 1949 la grande toile Multitudes, aujourd’hui au Centre Pompidou.
Louis Carré, qui ouvre une galerie à New York en 1949, fait connaître Lanskoy outre-Atlantique : le MoMA reçoit en 1960, don du marchand, la toile Explosion (1958). Les années 1950 sont celles de la consécration : exposition à la Royal Academy de Londres (L’École de Paris 1900-1950, 1950), exposition personnelle chez Arthur Tooth & Sons à Londres (1953), Younger European Painters au Guggenheim (1953), participations au Carnegie International de Pittsburgh. Il est invité deux fois à la documenta de Cassel, en 1959 et en 1964. En parallèle, il dessine des cartons de tapisserie pour Aubusson et collabore avec le poète-éditeur Pierre Lecuire : Cortège (1959), 24 compositions en papiers collés reproduites au pochoir, puis Dédale. En 1966, le musée Galliera lui consacre une rétrospective à Paris.
Pendant plus de quinze ans, Lanskoy revient sans cesse au Journal d’un fou de Gogol, monologue d’un petit fonctionnaire qui sombre dans la folie. Il y consacre une suite de plus de 150 collages et gouaches (le chiffre varie selon les sources), exposés à Saint-Étienne en 1968 et à Mulhouse en 1970, ainsi que des lithographies en couleurs, publiées dans ses dernières années. Avec son élève Catherine Zoubtchenko, il réalise aussi des mosaïques pour des commandes publiques. Une exposition personnelle à la Neue Galerie de Zurich (1969) précède sa mort à Paris en 1976. Le cycle Gogol a été montré en 1989-1990 par la Galerie Aras de Ravensburg, qui a publié un livre reproduisant 78 collages, et le LaM a présenté la rétrospective Lanskoy, un peintre russe à Paris du 24 septembre 2011 au 15 janvier 2012.
Lanskoy n’est pas un graveur de métier : son œuvre imprimé prolonge ses gouaches et ses papiers collés. L’essentiel en est constitué de lithographies en couleurs, aux aplats francs et aux signes nerveux. On distingue trois ensembles. D’abord les livres : Cortège de Pierre Lecuire (1959-1960, 170 exemplaires), dont les planches sont des pochoirs exécutés par le coloriste Maurice Beaufumé d’après ses collages et imprimés par Féquet et Baudier ; puis La Genèse (1966), publiée par Les Bibliophiles de l’Union française, avec des lithographies en couleurs. Ensuite les lithographies isolées, signées et numérotées au crayon, des années 1960. Enfin la suite du Journal d’un fou : grandes lithographies (environ 95 × 65 cm) sur papier Fabriano, datées 1973 et 1976, signées au crayon, justifiées en chiffres arabes ou en chiffres romains selon les tirages.
Il n’existe pas, à notre connaissance, de catalogue raisonné publié des estampes de Lanskoy : on ne cite donc pas de « numéro Mourlot » ou de référence chiffrée comme pour Chagall ou Miró, et toute référence de ce type doit être regardée avec prudence. Une estampe de Lanskoy se décrit par son titre, sa date, sa technique, ses dimensions, son papier, sa justification et, quand ils sont connus, son imprimeur et son éditeur. Pour la peinture, les ouvrages de référence restent la monographie de Jean Grenier (Hazan, 1960) et celle de Pascaline Dron et Angelo Pittiglio (1990).
Tirage et justification. Les lithographies de Lanskoy sont généralement numérotées au crayon. Pour le Journal d’un fou, on rencontre des épreuves sur 100 et d’autres numérotées en chiffres romains : demandez toujours la justification exacte. Voir le tirage.
Signature. La signature « Lanskoy », au crayon, en bas à droite, est la norme pour les tirages d’édition. Dans les livres, seule la page de justification est parfois signée : une planche détachée d’un livre n’est pas forcément signée. Voir la signature.
Reproductions « d’après ». L’album Lanskoy de la collection « Peintres d’aujourd’hui » (Hazan, 1960) contient des planches en héliogravure reproduisant ses tableaux, signées dans la planche et non numérotées. Elles circulent souvent sous des titres de tableaux (Objet sans ombre, Rupture poétique…) : ce sont des reproductions, pas des estampes originales.
Affiches. Les affiches d’exposition, comme celle de la galerie Louis Carré en 1957, sont de beaux documents d’époque, souvent en partie en offset, mais pas des estampes originales signées.
Papier et état. Les grands aplats de couleur supportent mal la lumière et les frottements ; vérifiez marges, insolation et traces d’anciens montages, et prévoyez un encadrement de conservation.
Provenance. Une étiquette de galerie (Louis Carré, Jeanne Bucher, Raymonde Cazenave…) ou une provenance de collection documentée est un atout, surtout pour une gouache. Nos garanties sont décrites sur la page authenticité.
La galerie sélectionne les œuvres de Lanskoy pour leur couleur et leur état, et les présente aux côtés d’autres peintres de l’École de Paris venus de Russie, comme Nicolas de Staël, Serge Poliakoff et Serge Charchoune, et des abstraits de sa génération exposés comme lui chez Louis Carré, Hans Hartung et Gérard Schneider. Découvrez aussi l’École de Paris et l’abstraction lyrique, nos gravures et lithographies et nos livres illustrés.
Jean Grenier, André Lanskoy, Hazan, Paris, 1960 · Pascaline Dron et Angelo Pittiglio, André Lanskoy, Paris, 1990 · Lanskoy, un peintre russe à Paris, catalogue d’exposition, LaM, Villeneuve-d’Ascq, 2011 · LaM – Dossier pédagogique Lanskoy · Centre Pompidou – Multitudes, 1949 · MoMA – Explosion, 1958 · Galerie Jeanne Bucher Jaeger – André Lanskoy · Galerie Applicat-Prazan – Chronologie · documenta – II. documenta, 1959 · Fine Arts Museums of San Francisco – Cortège
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