(1902-1982)
Portrait de Wifredo Lam dans son atelier, 1964 - Auteur inconnu, domaine public
Wifredo Lam naît le 8 décembre 1902 à Sagua la Grande, à Cuba, d’un père chinois originaire de Canton et d’une mère cubaine d’ascendance africaine et espagnole. Il meurt à Paris le 11 septembre 1982. Formé à La Havane puis à Madrid, passé par le Paris de Picasso et des surréalistes, il invente dans les années 1940 une peinture qui mêle le langage moderne européen aux mythologies afro-cubaines ; La Jungle (1942-1943), entrée au Museum of Modern Art de New York en 1945, en est l’emblème. Dans ses quinze dernières années, il consacre une part essentielle de son travail aux lithographies, eaux-fortes et livres illustrés, réalisés avec des poètes comme Aimé Césaire, Ghérasim Luca, René Char ou Gabriel García Márquez.
La galerie Le Coin des Arts présente actuellement plusieurs feuilles de Wifredo Lam : Sœur de la gazelle, une lithographie originale en couleurs de 1974 issue de l’album Pleni Luna ; une lithographie Sans titre de 1967 ; et l’affiche de son exposition à la Galeria Joan Prats de Barcelone en 1976, présentée comme telle : une affiche est un document d’exposition, non une estampe originale. Chaque pièce est retenue pour la qualité de l’impression, le tirage, la provenance et l’état.
Le nom complet du peintre, Wifredo Óscar de la Concepción Lam y Castilla, dit à lui seul le métissage de Cuba : son père, Lam Yam, a émigré de Chine au XIXe siècle ; sa mère, Ana Serafina Castilla, descend d’Africains et d’Espagnols. Installé à La Havane en 1916, il suit les cours de l’École des beaux-arts jusqu’en 1923, puis obtient une bourse pour l’Espagne. À l’automne 1923, il arrive à Madrid et travaille auprès de Fernando Álvarez de Sotomayor, conservateur du musée du Prado et ancien professeur de Salvador Dalí.
Il reste près de quinze ans en Espagne. En 1929, il épouse Eva Piriz ; elle meurt de la tuberculose en 1931, comme leur jeune fils. Engagé dans l’activité antifasciste, Lam rejoint le camp républicain pendant la guerre civile, réalise affiches et images de propagande, et peint La Guerre civile (1937). Blessé lors de la défense de Madrid, il est envoyé à Barcelone, où il rencontre Helena Holzer, qui deviendra sa deuxième épouse.
En 1938, Lam gagne Paris. Le sculpteur Manolo l’adresse à Pablo Picasso, qui l’introduit dans les milieux de l’avant-garde ; il y rencontre André Breton, Victor Brauner, Óscar Domínguez, Roberto Matta et l’ethnologue Michel Leiris. Le marchand Pierre Loeb lui offre sa première exposition personnelle à Paris, à la galerie Pierre, du 30 juin au 14 juillet 1939. À l’automne, ses œuvres sont montrées avec celles de Picasso aux Perls Galleries de New York.
La guerre le pousse vers Marseille en 1940. À la villa Air-Bel, il retrouve Breton, Jacqueline Lamba et Victor Serge, et dessine les illustrations de Fata Morgana de Breton (1941), qui comptent parmi ses premières images publiées. En 1941, il embarque pour la Martinique avec Breton et Claude Lévi-Strauss ; c’est là qu’il fait la connaissance d’Aimé Césaire, dont il illustrera plus tard le Cahier d’un retour au pays natal.
De retour à Cuba à l’été 1941, après près de vingt ans d’Europe, Lam retrouve la végétation, les cultes et l’histoire coloniale de l’île. Breton lui obtient un contrat avec le marchand new-yorkais Pierre Matisse, qui l’expose en novembre 1942 et en juin 1944. Peinte en 1942-1943 sur papier kraft marouflé, à l’huile et au fusain, La Jungle mêle masques, cannes à sucre et corps hybrides ; le MoMA l’acquiert grâce à l’Inter-American Fund. Le Centre Pompidou conserve une grande gouache préparatoire, Lumière de la forêt (1942), achetée par l’État en 1974.
En 1944, Lam épouse Helena Holzer, dont il divorcera en 1950. En 1946, il passe quatre mois en Haïti avec Breton et expose à Port-au-Prince. En 1947, il participe à l’exposition Le Surréalisme en 1947 organisée par Breton et Marcel Duchamp à Paris. La même année, il signe sa première grande lithographie, Quetzal, pour l’album collectif de l’éditeur new-yorkais Brunidor (Robert Altmann), aux côtés de Joan Miró, Max Ernst, Matta et Yves Tanguy. Son tout premier essai gravé remonte à 1945 : une petite planche pour Voyages à travers la peinture de Pierre Loeb.
Lam s’installe à Paris en 1952. Il découvre en 1954 Albisola, près de Gênes, centre traditionnel de la céramique où Asger Jorn et Enrico Baj organisent des rencontres internationales ; il y achète une maison en 1961 avec sa femme Lou Laurin-Lam, mère de ses trois fils. Il expose à la documenta de Kassel en 1959 et 1964, reçoit le prix international Guggenheim en 1964, et bénéficie en 1966-1967 de rétrospectives à la Kunsthalle de Bâle et à la Kestner-Gesellschaft de Hanovre. À partir de 1975, il travaille l’argile presque chaque jour à Albisola.
Après sa mort en 1982, Cuba ouvre à La Havane le Centro Wifredo Lam (1983). Le Centre Pompidou lui consacre sa première rétrospective, du 30 septembre 2015 au 15 février 2016, avec près de 300 œuvres dont de nombreuses estampes ; l’exposition voyage ensuite au Museo Reina Sofía de Madrid puis à la Tate Modern de Londres. En 2025-2026, le MoMA lui consacre à son tour une vaste rétrospective, When I Don’t Sleep, I Dream.
Selon le Museo Nacional de Bellas Artes de La Havane, les quinze dernières années de Lam sont dominées par l’estampe. Le tournant date de 1958, lorsqu’il rencontre à Milan l’imprimeur Giorgio Upiglio, de l’atelier Grafica Uno, avec qui il travaille jusqu’en 1982. Avec lui naissent l’album Images (dix planches en couleurs, 1962), puis Apostroph’ Apocalypse de Ghérasim Luca, quatorze eaux-fortes et aquatintes achevées en 1966 et publiées en 1967 à 135 exemplaires, et Annonciation d’Aimé Césaire, sept planches gravées en 1969 et éditées par Grafica Uno en 1982.
Lam travaille aussi pour des éditeurs français, espagnols et scandinaves : neuf gravures pour L’Antichambre de la nature d’Alain Jouffroy (1966), des eaux-fortes pour Le Théâtre et les Dieux d’Antonin Artaud (1966), six lithographies pour Le Regard vertical (1973), dix lithographies pour l’album Pleni Luna publié à Stockholm par A. H. Grafik (1974), douze lithographies en rouge et noir pour El último viaje del buque fantasma de Gabriel García Márquez chez Polígrafa à Barcelone (1976), et six eaux-fortes pour L’Herbe sous les pavés de Jean-Dominique Rey (1982). En 1976, il donne une lithographie au portfolio Pour Jorn, imprimé à Paris par l’atelier Clot, Bramsen et Georges pour la fondation Asger Jorn de Silkeborg.
Deux catalogues raisonnés font référence. Le premier, dirigé par Dominique Tonneau-Ryckelynck avec Pascaline Dron, Wifredo Lam. Œuvre gravé et lithographié, a été publié vers 1993 par le Musée du dessin et de l’estampe originale de Gravelines ; ses numéros associent l’année et un rang (le Centre Pompidou cite ainsi une planche de 1976 sous le n° 7602). Le second, d’Eskil Lam, Dominique Tonneau-Ryckelynck et Dorota Dolega-Ritter, Wifredo Lam. Catalogue raisonné : prints / estampes / gráfica (HC éditions, Paris, 2016), adopte une numérotation continue : une fiche sérieuse mentionne idéalement les deux numéros.
Catalogue raisonné. Demandez la référence Tonneau-Ryckelynck, dans l’édition de Gravelines ou dans celle de 2016. Elle identifie la planche, sa date, son éditeur et son tirage.
Tirage et justification. Les tirages varient beaucoup : 135 exemplaires pour Apostroph’ Apocalypse, 100 pour Pour Jorn, davantage pour certains albums de lithographies. Les épreuves d’artiste (EA) et hors commerce (HC) s’ajoutent au tirage numéroté. Voir le tirage.
Signature. Les estampes éditées du vivant de Lam sont en principe signées au crayon. Méfiance envers une signature reproduite dans la pierre ou la plaque présentée comme manuscrite. Voir la signature.
Planches de livres. Beaucoup de feuilles proviennent d’ouvrages illustrés ou de leurs suites. Elles restent des estampes originales, mais doivent être décrites avec le titre et la date du livre. Parcourez nos livres illustrés.
Affiches et reproductions. Les affiches d’exposition, comme celles de la Galeria Joan Prats ou des galeries parisiennes, sont des documents recherchés mais ne sont pas des estampes originales ; les tirages offset non signés non plus. Voir nos affiches.
Papier et état. Les grandes lithographies des années 1970 sont souvent tirées sur vélin d’Arches ; vérifiez les marges, l’insolation et les traces d’ancien montage. Pour la conservation, choisissez un encadrement aux normes, et consultez notre page authenticité.
Le Coin des Arts sélectionne des estampes de Lam documentées et en bel état. À découvrir aussi : Pablo Picasso, Roberto Matta, André Masson, Joan Miró et Enrico Baj, le surréalisme et toutes nos gravures et lithographies.
Dominique Tonneau-Ryckelynck (dir.), avec Pascaline Dron, Wifredo Lam. Œuvre gravé et lithographié. Catalogue raisonné, Gravelines, Musée du dessin et de l’estampe originale, [1993] · Eskil Lam, Dominique Tonneau-Ryckelynck et Dorota Dolega-Ritter, Wifredo Lam. Catalogue raisonné : prints / estampes / gráfica, HC éditions, 2016 · Catherine David, Matthew Gale et al., Wifredo Lam: The EY Exhibition, Tate Publishing, 2016 · Centre Pompidou – Lumière de la forêt · Centre Pompidou – Pour Jorn · MoMA – La Jungle · Tate – Wifredo Lam: the Albissola years · Museo Nacional de Bellas Artes, La Havane – Wifredo Lam, de los mitos a la poesía · Metropolitan Museum – Modern Art Index Project
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