(1927)
Pierre Alechinsky (né en 1927) est l’un des grands peintres et graveurs belges de la seconde moitié du XXe siècle. Membre du mouvement CoBrA, installé en France depuis 1951, il a construit une œuvre où se rencontrent la liberté du geste, l’encre, la calligraphie extrême-orientale et un goût inépuisable pour le papier imprimé. Peintre, graveur, lithographe, illustrateur et écrivain, il a fait de l’estampe l’un des terrains majeurs de sa création, avec plusieurs centaines de gravures et de lithographies réalisées en près de quatre-vingts ans de carrière.
La Galerie Le Coin des Arts à Paris présente des estampes originales de Pierre Alechinsky, en particulier des lithographies et des eaux-fortes signées et numérotées, sélectionnées pour leur qualité d’impression, leur provenance et leur état de conservation.
Pierre Alechinsky naît le 19 octobre 1927 à Schaerbeek, dans l’agglomération bruxelloise, d’un père d’origine russe et d’une mère wallonne. De 1944 à 1948, il étudie à l’École nationale supérieure d’architecture et des arts décoratifs de La Cambre, à Bruxelles, où il se forme à l’illustration du livre, à la typographie, à l’imprimerie et à la photographie : une formation d’homme du livre et de l’atelier qui marquera toute son œuvre. Il découvre alors la peinture d’Henri Michaux et de Jean Dubuffet.
En 1947, il commence à peindre et rejoint le groupe de la Jeune Peinture belge. En 1949, il adhère au mouvement CoBrA (pour Copenhague, Bruxelles, Amsterdam), fondé l’année précédente autour du poète Christian Dotremont, d’Asger Jorn, de Karel Appel, de Corneille et de Constant. Le groupe rejette l’académisme comme l’abstraction trop froide et revendique la spontanéité, l’énergie du dessin d’enfant et des arts populaires. Alechinsky participe à ses expositions, notamment au Stedelijk Museum d’Amsterdam en 1949, anime à Bruxelles les Ateliers du Marais, maison commune et lieu de recherche du groupe, et s’engage dans l’organisation de la seconde exposition internationale CoBrA en 1951, année de la dissolution du mouvement. CoBrA ne dure que trois ans, mais son esprit irrigue toute sa peinture.
En 1951, Alechinsky s’installe à Paris. Il y apprend la gravure à l’Atelier 17 de Stanley William Hayter, haut lieu de l’expérimentation en taille-douce, où il acquiert un goût durable pour le cuivre et l’acide. Il fréquente aussi les milieux surréalistes et croise des artistes comme Alberto Giacometti, Bram van Velde ou Victor Brauner.
Au même moment, il se passionne pour la calligraphie chinoise et japonaise. Il devient le correspondant parisien de la revue japonaise Bokubi, publiée par le calligraphe Morita Shiryū. En 1955, il part pour le Japon et tourne à Kyoto le film Calligraphie japonaise, sur un commentaire de Christian Dotremont et une musique d’André Souris. Il en rapporte une leçon essentielle : peindre debout, au-dessus de la feuille posée au sol, en laissant le pinceau chargé d’encre conduire la main. Il rapporte de Kyoto un pinceau qu’il utilisera pour la peinture comme pour la gravure.
Après une première exposition personnelle à Paris en 1954, il expose au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles en 1955, à l’Institute of Contemporary Arts de Londres en 1958, puis au pavillon belge de la Biennale de Venise en 1960.
Au début des années 1960, Alechinsky séjourne régulièrement à New York. Avec son ami le peintre et poète Walasse Ting, il découvre en 1965 la peinture acrylique et peint Central Park, une œuvre fondatrice : autour d’une image centrale en couleurs, une bordure de petites vignettes dessinées à l’encre, comme les cases d’une bande dessinée ou la prédelle d’un retable, commente, prolonge ou contredit le motif principal. Ces « remarques marginales » deviennent sa signature. La même année, André Breton l’invite à l’Exposition internationale du surréalisme.
Son univers se peuple alors de formes serpentines, de volcans, de cascades, de visages et de créatures hybrides, nés d’une ligne continue qui semble ne jamais lever le pinceau. Il peint et dessine volontiers sur des papiers anciens : cartes de géographie et de navigation, lettres, factures, actes notariés, dont l’écriture et les tampons dialoguent avec son trait. Il réalise aussi des estampages de plaques d’égout et de grilles d’arbres des rues de Paris, qu’il rehausse à l’encre.
Alechinsky a toujours aimé travailler à plusieurs mains : avec Christian Dotremont, dont il accompagne les « logogrammes », avec Walasse Ting, avec Karel Appel pour des encres à quatre mains, ou encore avec le peintre mexicain Alberto Gironella dans la série Al alimón (1980-1983).
L’œuvre imprimé de Pierre Alechinsky est l’un des plus importants de sa génération. Formé à l’imprimerie dès La Cambre, initié à la gravure chez Hayter, il ne considère pas l’estampe comme une reproduction de ses peintures, mais comme un langage à part entière, où la même ligne libre passe de l’encre au cuivre et à la pierre lithographique. En 1967, il installe dans sa maison de Bougival, près de Paris, son propre atelier de gravure, confié jusqu’en 1984 à l’imprimeur Jean Clerté ; un second atelier suit en Provence à la fin des années 1980.
Son œuvre gravé a fait l’objet de plusieurs catalogues : un premier recensement publié à Munich par la galerie Otto van de Loo, puis le catalogue établi par Yves Rivière, Alechinsky : les estampes de 1946 à 1972 (1973), qui demeure une référence pour identifier les planches anciennes. Les affiches font l’objet d’un catalogue raisonné distinct, publié en 2007.
Dès 1966, son travail de graveur est distingué à la Triennale de l’art graphique de Bruxelles et à la Biennale de Cracovie. En 1981, le Museum of Modern Art de New York consacre une rétrospective à ses livres et à ses estampes, et en 1998 la Chalcographie du Louvre lui commande une gravure, Le Pinceau voyageur. Le Centre de la gravure et de l’image imprimée de La Louvière, en Belgique, conserve un ensemble de plusieurs centaines de ses œuvres imprimées.
La gravure en taille-douce est au cœur de son œuvre imprimé. Alechinsky pratique surtout l’eau-forte et l’aquatinte, qui lui permettent de retrouver sur le métal la souplesse du pinceau : la ligne mordue par l’acide garde le tremblé et la vitesse du geste, tandis que l’aquatinte apporte des noirs profonds et des lavis proches de l’encre. Beaucoup de ses gravures associent un sujet central et des marges gravées, transposition directe des « remarques marginales » de sa peinture. Il grave aussi volontiers sur des plaques irrégulières ou associe gravure et lithographie dans une même planche.
La lithographie lui offre la couleur et la grande dimension. Dessinant directement à l’encre lithographique, il obtient des aplats vifs, des bleus, des rouges et des jaunes francs, cernés de son trait noir. Il travaille avec les grands ateliers parisiens et entretient une longue collaboration avec l’imprimeur Peter Bramsen (atelier Clot, Bramsen et Georges). Certaines lithographies sont imprimées sur d’anciennes cartes de navigation ou de géographie, prolongeant dans l’estampe son travail sur les papiers anciens.
Alechinsky est enfin un grand illustrateur : de nombreux livres illustrés, réalisés avec des poètes et des écrivains comme Christian Dotremont ou Michel Butor, contiennent des gravures et des lithographies originales. Ses affiches d’exposition, souvent lithographiées, sont elles aussi recherchées par les collectionneurs.
Alechinsky est aussi un écrivain au style vif et plein d’humour. Il publie notamment Roue libre (1971), Titres et pains perdus, Lettre suit (1992), Baluchon et ricochets (1994) et Des deux mains (2004).
De 1983 à 1987, il enseigne la peinture à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris. Il réalise de nombreuses commandes publiques : un service de table pour la Manufacture de Sèvres (1975), les peintures de la rotonde de l’hôtel de Lassay, à l’Assemblée nationale (1992), ou le rideau de fer de l’Opéra national de Vienne (2018-2019). Il est représenté depuis 1979 par la Galerie Lelong.
Les grandes rétrospectives se succèdent : Palais des Beaux-Arts de Bruxelles (1969), musée d’Art moderne de la Ville de Paris (1975), galerie nationale du Jeu de Paume (1998), puis les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique pour ses quatre-vingts ans. Ses œuvres sont conservées notamment au Centre Pompidou, au MoMA de New York, à la Tate de Londres et au musée Ludwig de Cologne. En 2018, il reçoit le Praemium Imperiale de peinture, l’une des plus hautes distinctions artistiques internationales.
Pierre Alechinsky est l’un des artistes de CoBrA les plus présents sur le marché de l’estampe, avec une production abondante, très variée et bien documentée, accessible aussi bien aux collectionneurs avertis qu’à ceux qui débutent.
Pour étudier une gravure ou une lithographie de Pierre Alechinsky, plusieurs éléments sont importants : la technique employée, le tirage et la justification (numérotation, épreuve d’artiste, hors commerce), la signature au crayon, la référence au catalogue Rivière pour les planches anciennes, la provenance éventuelle (un livre illustré, un portfolio), la qualité du papier et l’état de conservation. Le papier, souvent un vélin d’Arches ou un japon, doit avoir gardé sa fraîcheur, sans insolation ni rousseurs.
Estampe originale ou reproduction ? Les images d’Alechinsky ont été largement diffusées sous forme d’affiches et de reproductions. Une estampe originale est une gravure ou une lithographie conçue par l’artiste pour être imprimée, tirée à un nombre limité d’exemplaires, généralement signée et numérotée à la main sur un papier de qualité ; une affiche porte en principe un texte et n’est pas numérotée. Une planche extraite d’un livre illustré peut être originale sans être signée : seule la justification du livre l’atteste.
La Galerie Le Coin des Arts sélectionne les estampes originales de Pierre Alechinsky en veillant à leur authenticité, leur provenance et leur état de conservation, et accompagne les collectionneurs dans le choix de leur œuvre, son encadrement et sa conservation. Découvrez également les autres artistes du mouvement CoBrA présentés par la galerie, comme Karel Appel et Corneille.
Galerie Lelong & Co., Paris · Centre de la gravure et de l’image imprimée, La Louvière · Yves Rivière, Alechinsky : les estampes de 1946 à 1972, Éditions Yves Rivière, 1973 · Pierre Alechinsky, Roue libre, Skira, coll. « Les Sentiers de la création », 1971 · Pierre Alechinsky, Des deux mains, 2004.
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