(1907-1977)
Camille Bryen, de son vrai nom Camille Briand, né le 17 septembre 1907 à Nantes et mort le 8 mai 1977 à Paris, est un poète, peintre et graveur français, l’un des initiateurs de l’abstraction lyrique et du tachisme dans le Paris de l’après-guerre. Venu de la poésie et du surréalisme, il a inventé avec Jacques Audiberti la notion d’« abhumanisme » et laissé un œuvre gravé d’une grande délicatesse : eaux-fortes, aquatintes et lithographies où la tache, le signe et le réseau de lignes fines tiennent lieu de motif.
La galerie Le Coin des Arts présente plusieurs estampes originales de Camille Bryen : Aéro-Signe (1971), gravure sur vélin d’Arches éditée par Brunidor à Vaduz, signée et tirée à 50 exemplaires (Loyer 92) ; Arabelie (1973), gravure signée tirée à 90 exemplaires et imprimée chez Lacourière à Paris ; et un Sans titre, lithographie signée tirée à 50 exemplaires (Loyer 136). Chaque feuille est retenue pour la qualité du tirage, la justification, la provenance et l’état.
Camille Eugène Louis Briand grandit à Nantes, où il fréquente, au milieu des années 1920, la bohème littéraire de la ville sous le pseudonyme d’« Aristide ». La Revue nantaise lui consacre sa couverture ; une chanson de rue qu’il vend sans autorisation de colportage lui vaut une arrestation et un procès-verbal, et le numéro de la revue qui raconte l’affaire est retiré de la vente. En 1927, à vingt ans, il publie son premier recueil de poèmes, Opopanax, puis s’installe à Paris, attiré par le groupe surréaliste. Il prend alors le nom de Camille Bryen, sous lequel il signera désormais poèmes, dessins et tableaux. L’écriture restera longtemps sa première activité : « Je dessine pour ne pas écrire », dira-t-il plus tard.
En 1932, Bryen publie Expériences, recueil mêlant poèmes, dessins et collages, suivi des Quadrupèdes de la chasse (1934), de Lions à barbe (1935) et de L’Aventure des objets (1937). Au milieu des années 1930, il expose des dessins automatiques au Salon des Surindépendants et expérimente des procédés inédits : le Centre Pompidou conserve sa Cire de 1935, réalisée à la cire de bougie, à la cire à cacheter et à la fumée sur papier, œuvre souvent tenue pour l’une des premières manifestations du tachisme. En 1936, il cosigne le manifeste dimensioniste de Charles Sirató, aux côtés de Jean Arp, Marcel Duchamp et Francis Picabia. Avec Raoul Ubac, il dépose des objets dans des lieux inattendus et affiche poèmes et images sur les murs de Paris ; on lui attribue le slogan « Défense d’interdire », repris en Mai 68.
Selon la notice du timbre émis en son honneur, une rétrospective Claude Monet vue en 1946 marque un tournant : Bryen passe de petites taches colorées à un tachisme de plus en plus libre. En 1947, il est l’un des participants de « L’Imaginaire » à la galerie du Luxembourg et lance avec Georges Mathieu la « non-figuration psychique ». En 1948, avec Mathieu et le critique Michel Tapié, il organise à la galerie Colette Allendy l’exposition « HWPSMTB », dont le titre réunit les initiales de Hartung, Wols, Picabia, Stahly, Mathieu, Tapié et Bryen. La même année, il réalise ses premières gravures, et le Museum of Modern Art de New York acquiert une aquarelle, Structure imaginaire. Il aborde la peinture à l’huile en 1949, publie avec Alain Gheerbrant une Anthologie de la poésie naturelle, puis renonce à la littérature pour se consacrer à la peinture et à la gravure. En 1951, Tapié l’associe à l’exposition « Véhémences confrontées » (galerie Nina Dausset), qui confronte les abstraits européens à Jackson Pollock et Willem de Kooning ; le Centre Pompidou conserve la grande toile Hépérile de la même année.
En 1952, Bryen publie chez Gallimard, avec Jacques Audiberti, L’Ouvre-boîte, colloque abhumaniste : l’abhumanisme y désigne une pensée qui refuse de placer l’homme au centre du monde. La même année, Michel Tapié l’inclut dans Un art autre, manifeste de l’art informel. En 1953, Raymond Hains et Jacques Villeglé transforment son poème phonétique Hépérile en éclats graphiques illisibles : c’est Hépérile éclaté. Le musée des Beaux-Arts de Nantes lui consacre en 1959 une première rétrospective, « Cent œuvres choisies ». Sa peinture, faite de champs colorés retenus que structurent de fines éclaboussures, est présentée dans de nombreuses expositions personnelles et collectives en France et à l’étranger. En 1973, le musée national d’Art moderne organise une rétrospective, accompagnée de la monographie de Daniel Abadie, Bryen abhomme. En 1975, Michel Butor signe le texte Bryen en temps conjugués pour la galerie de Seine. Bryen meurt à Paris le 8 mai 1977. En 1987, La Poste lui rend hommage par un timbre reproduisant l’une de ses toiles ; en 2006, il figure dans « L’Envolée lyrique, Paris 1945-1956 » au musée du Luxembourg. Une partie de ses archives est conservée à l’Institut national d’histoire de l’art.
Bryen aborde la taille-douce en 1948 et y trouve un équivalent exact de sa peinture : l’eau-forte et la pointe sèche donnent ses réseaux de lignes nerveuses, l’aquatinte ses nappes de couleur légère. Son nom est étroitement lié à l’atelier Lacourière, à Montmartre : c’est là qu’est imprimé en 1949 Poésie de mots inconnus, le grand livre d’Iliazd, tiré à 115 exemplaires, auquel il donne une pointe sèche ; il participe encore en 1968 à l’Hommage à Roger Lacourière publié par Iliazd et imprimé par Lacourière et Frélaut. Il pratique aussi la lithographie. Ses livres illustrés accompagnent des textes d’écrivains : Romain Weingarten (Fomalhaut, 1956), Jean Frémon (Discours de la fatigue, 1972), Michel Butor (Querelle des états, 1973), Pierre-André Benoit (Aujourd’hui, 1974). Parmi ses éditeurs figurent Fata Morgana, Le Soleil noir, La Hune, Scheiwiller à Milan, l’Erker-Presse de Saint-Gall et les éditions Brunidor de Robert Altmann.
La référence est le catalogue établi par Jacqueline Loyer, publié en 1975 dans la revue Nouvelles de l’estampe. Une estampe y est citée « Loyer » suivi d’un numéro : Aéro-Signe est Loyer 92, notre lithographie Sans titre Loyer 136. Les planches postérieures à 1975 n’y figurent pas ; pour l’œuvre graphique tardif, on se reportera à La Dérive graphique de Camille Bryen de Jacqueline Boutet-Loyer (galerie Callu Mérite, 1988).
Catalogue raisonné. Demandez la référence Loyer : elle identifie la planche, sa date et sa technique, et permet de distinguer une estampe éditée séparément d’une planche de livre.
Tirage et justification. Les tirages de Bryen sont courts : 50 exemplaires pour Aéro-Signe, 90 pour Arabelie, 115 pour Poésie de mots inconnus. Les mentions « EA » ou « HC » désignent des épreuves hors commerce. Voir le tirage.
Signature. Les estampes éditées séparément sont en principe signées au crayon et numérotées. Les planches de livres et de portfolios ne le sont souvent pas : une feuille non signée peut être authentique, mais elle doit être présentée comme une planche de livre. Voir la signature.
Papier et marges. Bryen travaille sur des vélins comme l’Arches, aux marges généreuses ; une feuille rognée perd une part de sa valeur. Les aquatintes légères craignent l’insolation : préférez un encadrement de conservation.
État et provenance. Vérifiez l’absence de rousseurs, de plis et de traces d’anciens montages ; une provenance d’éditeur (Brunidor, Lacourière, Erker) est un plus.
Pièges. Affiches d’exposition, reproductions de catalogues et planches de revues ne sont pas des estampes originales. Nos garanties sont détaillées sur la page authenticité.
La galerie sélectionne les estampes de Bryen aux côtés de celles des peintres de l’abstraction lyrique qu’il a exposés ou côtoyés : Hans Hartung, Georges Mathieu, Gérard Schneider, Jean-Paul Riopelle et Jean Arp. Découvrez aussi l’École de Paris et l’abstraction lyrique et nos gravures et lithographies.
Jacqueline Loyer, « Bryen », Nouvelles de l’estampe, 1975 · Jacqueline Boutet-Loyer, La Dérive graphique de Camille Bryen, galerie Callu Mérite, 1988 · Daniel Abadie, Bryen abhomme, La Connaissance, Bruxelles, 1973 · Jacques Audiberti et Camille Bryen, L’Ouvre-boîte, colloque abhumaniste, Gallimard, 1952 · Michel Butor, Bryen en temps conjugués, galerie de Seine, 1975 · Marc Alyn, Camille Bryen, architecte de l’informel, Bartillat, 2007 · Laëtitia Gloaguen, « Camille Bryen : poète-graphiste-peintre », Recherches en histoire de l’art, n° 5, 2006 · Centre Pompidou – Hépérile · MoMA – Poésie de mots inconnus · BnF – Camille Bryen · Wikipédia – Camille Bryen
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