(1898-1977)
Geer van Velde (Gerardus van Velde), né à Lisse, aux Pays-Bas, le 5 avril 1898 et mort à Cachan (Val-de-Marne) le 5 mars 1977, est un peintre néerlandais établi en France à partir de 1925. Frère cadet de Bram van Velde, avec qui il partage les débuts, la misère et les premières expositions, il construit pourtant une œuvre très différente : une peinture de la lumière, de l’atelier et de la mer, qui glisse lentement de la figuration vers une abstraction construite. Exposé par Aimé Maeght dès 1946, commenté par Samuel Beckett, il est l’une des figures discrètes de la nouvelle École de Paris. La BnF le qualifie de « peintre, aquarelliste, dessinateur et lithographe » ; ses lithographies originales sont rares et ses gouaches constituent souvent la meilleure porte d’entrée dans son travail.
La galerie Le Coin des Arts présente actuellement de Geer van Velde une gouache originale, Composition, œuvre unique sur papier, ainsi que l’affiche de l’exposition de la Galerie Louis Carré de 1982 – un document d’exposition posthume, et non une estampe originale. Les œuvres sont retenues pour leur qualité, leur provenance et leur état ; pour être prévenu de l’arrivée d’une lithographie, il suffit de « suivre l’artiste » sur cette page.
Geer van Velde grandit dans une famille pauvre : le commerce de bois de chauffage et de charbon de son père fait faillite et celui-ci abandonne les siens. La fratrie compte, outre Geer et Bram, la future romancière Jacoba van Velde. Comme son frère, Geer entre en 1910, à douze ans, comme apprenti dans l’entreprise de peinture et de décoration Schaijk & Kramers à La Haye. Le patron, Eduard Kramers, encourage les deux garçons et les aide en partie financièrement. Autodidacte, Geer gagne d’abord sa vie en peignant des enseignes ; en 1924, il parcourt la Flandre à pied en peignant sur le motif.
En août 1925, Geer rejoint Bram à Paris ; la visite de l’Exposition internationale des arts décoratifs le décide à se consacrer entièrement à la peinture. Il loue son propre atelier dès 1926. Ses tableaux de ces années – scènes de village, fêtes foraines, manèges – relèvent d’une figuration d’allure naïve. En 1927, les deux frères exposent à Brême, Berlin et Amsterdam, puis, de 1928 à 1932, au Salon des Indépendants. Sans argent, Geer renonce en 1931 à une exposition et fait de longs séjours aux Pays-Bas ; la première exposition commune des frères a lieu à La Haye en septembre 1933. Il épouse Elisabeth Jokl et rencontre, au milieu des années 1930, l’écrivain irlandais Samuel Beckett, à qui il fait connaître Bram.
Au printemps 1938, la galerie londonienne de Peggy Guggenheim, Guggenheim Jeune, présente quarante-cinq de ses peintures ; l’exposition est un échec commercial. La même année, Geer et Elisabeth s’installent à Cagnes-sur-Mer, où ils restent jusqu’en 1944. Ces années, les plus fécondes de sa carrière selon ses biographes, voient naître les séries des Ateliers et des Intérieurs : palettes, pinceaux, tables de travail et fenêtres ouvertes sur la mer, que la lumière méditerranéenne dissout peu à peu. En 1942, la galerie Muratore de Nice lui consacre une exposition personnelle. Le Centre Pompidou conserve plusieurs toiles de cette veine, dont Palette et pinceaux I et Vue sur la mer (1946).
À la Libération, Geer van Velde s’établit à Cachan, dans la maison-atelier construite pour le peintre néerlandais Tjerk Bottema ; il y vivra jusqu’à sa mort. En mars 1946, Aimé Maeght lui offre une première exposition personnelle, rue de Téhéran (une quarantaine de toiles, préface de Jacques Kober), et un contrat. Beckett publie dans les Cahiers d’art (1945-1946) « La peinture des van Velde ou le monde et le pantalon », puis, pour l’exposition commune des deux frères chez Maeght en juin 1948, « Peintres de l’empêchement » dans Derrière le miroir. La même année, leurs œuvres sont montrées à New York, à la Kootz Gallery, dans le cadre d’un accord avec Maeght. La découverte de Mondrian, lors de la rétrospective d’Amsterdam en 1946, oriente Geer vers une géométrie plus rigoureuse. Il participe chaque année au Salon de Mai à partir de 1949. Sa dernière exposition personnelle chez Maeght, en novembre 1952, est un échec ; les deux frères suivent désormais des chemins séparés. Geer figure cependant dans les grandes présentations de l’École de Paris à l’étranger et participe en 1959 à la documenta II de Kassel.
Dans sa dernière période, Geer van Velde recherche un équilibre entre le vide et le plein, dans des compositions aux plans transparents. En 1963, il expose à la Biennale de São Paulo et au Musée d’art moderne de Rio de Janeiro ; le Musée Galliera, à Paris, lui consacre une exposition en 1966, suivie du musée de Cagnes-sur-Mer en 1967 et du château de Ratilly en 1972. Il peint sa dernière composition en 1973. Après sa mort, le Musée d’art moderne de la Ville de Paris organise sa rétrospective en 1982, tandis que la Galerie Louis Carré & Cie montre ses peintures (1982) puis ses œuvres sur papier (1989). Germain Viatte publie sa monographie aux éditions Cahiers d’Art en 1989. Viennent ensuite le musée Toulouse-Lautrec d’Albi (1986), le Musée Picasso d’Antibes et le Musée Unterlinden de Colmar (2000), puis l’exposition Bram et Geer van Velde. Deux peintres, un nom au Musée des Beaux-Arts de Lyon (17 avril – 19 juillet 2010), conçue par Rainer Michael Mason et Sylvie Ramond. Ses œuvres sont conservées au Musée national d’art moderne, au Musée d’art moderne de la Ville de Paris, à Lyon, à Dijon, au Lakenhal de Leyde et au Kunstmuseum de La Haye.
À la différence de son frère, dont l’œuvre lithographié compte plusieurs centaines de planches, Geer van Velde a peu gravé. L’essentiel de ses lithographies originales est lié à la revue-catalogue de la Galerie Maeght, Derrière le miroir : le tout premier numéro, consacré à l’exposition Le noir est une couleur (1946-1947), contient six lithographies de Geer van Velde, et le numéro 51 (novembre 1952), accompagné d’un texte de Frank Elgar, en réunit deux en couleurs. Imprimées pour la revue, ces planches ne sont en règle générale ni signées ni numérotées ; elles n’en sont pas moins des lithographies originales, conçues par l’artiste pour l’impression. La BnF signale par ailleurs un livre posthume de Jacques Kober illustré par Geer van Velde, Un puits nommé plongeon (1984). À notre connaissance, aucun catalogue raisonné de l’œuvre imprimé de Geer van Velde n’a été publié ; les références s’établissent donc d’après le numéro de Derrière le miroir et les catalogues d’exposition (Maeght, Louis Carré).
Gouaches et dessins. Sur le marché, les œuvres sur papier – gouaches, aquarelles, dessins au crayon – sont plus fréquentes que les estampes. Ce sont des pièces uniques : vérifiez la signature, souvent au crayon, la provenance (Maeght, Louis Carré, collection familiale) et l’état du papier. Le Centre Pompidou conserve ainsi une Composition à la gouache et au crayon des années 1955-1960, entrée par don en 1983.
Lithographies de Derrière le miroir. Une planche de Derrière le miroir se reconnaît à son format et, souvent, à son pli central ou au texte de la revue imprimé au verso. Elle n’est normalement ni signée ni numérotée : une signature ajoutée ou une justification au crayon doit éveiller la méfiance.
Tirage. Les tirages de revue sont importants et non justifiés ; une épreuve hors revue, sur grand papier, serait exceptionnelle et doit être documentée. Voir notre page sur le tirage.
Affiches. Les affiches d’exposition, comme celle de la Galerie Louis Carré en 1982, sont posthumes et imprimées le plus souvent en offset : ce sont des documents de collection, pas des estampes originales.
Reproductions. Les mentions « d’après » ou les reproductions de catalogues ne sont pas des estampes originales. Nos garanties sont détaillées sur la page authenticité ; pour les papiers anciens, privilégiez un encadrement de conservation avec verre anti-UV.
La galerie sélectionne les œuvres de Geer van Velde aux côtés de celles des peintres de sa génération : Bram van Velde, Jean Bazaine, Roger Bissière, Maria Helena Vieira da Silva et Raoul Ubac. Découvrez aussi l’École de Paris et l’abstraction lyrique et nos gravures et lithographies.
Germain Viatte, Geer van Velde, Cahiers d’Art, 1989 · Geer Van Velde, catalogue, Galerie Louis Carré & Cie, 1982 · Piet Moget, Pierre Wat, Sylvie Ramond et al., Geer Van Velde, Musée Picasso d’Antibes / Musée d’Unterlinden, RMN, 2000 · Bram et Geer van Velde. Deux peintres, un nom, Musée des Beaux-Arts de Lyon / Hazan, 2010 · Samuel Beckett, Le Monde et le pantalon, suivi de Peintres de l’empêchement, Minuit, 1989-1990 · Musée des Beaux-Arts de Lyon – dossier de presse, 2010 · Centre Pompidou – Geer van Velde, Composition · BnF – Geer van Velde · Galerie Applicat-Prazan – chronologie · Galerie Antoine Laurentin – biographie
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