(1910-1985)
Raoul Ubac (1910-1985), né Rudolf Gustav Maria Ernst Ubach, est un photographe, peintre, graveur et sculpteur belge, actif en France. D’abord photographe du surréalisme, auteur des célèbres brûlages et solarisations de la fin des années 1930, il abandonne la photographie après la guerre pour une œuvre grave et terrienne, faite d’ardoises gravées, de reliefs, de « labours » et de torses, défendue pendant plus de trente ans par la galerie Maeght. Son œuvre imprimé – lithographies en couleurs, eaux-fortes, empreintes d’ardoise, livres illustrés pour ses amis poètes – prolonge directement ce travail de la pierre.
La galerie Le Coin des Arts n’a pas, à ce jour, d’œuvre de Raoul Ubac disponible. Elle suit le travail de l’artiste et propose ses estampes originales lorsqu’elles se présentent, choisies pour la qualité du tirage, la fraîcheur des couleurs, la provenance et l’état. Pour être prévenu, utilisez le bouton « suivre l’artiste ».
Raoul Ubac naît le 31 août 1910. Le lieu varie selon les sources : le MoMA indique Cologne, d’autres biographies Malmedy. Il grandit en tout cas à Malmedy, petite ville des Ardennes alors allemande et rattachée à la Belgique en 1920, dans une famille d’origine belge et allemande. Jeune homme, il parcourt l’Europe à pied. En 1928, lors d’un premier séjour à Paris, il rencontre le peintre Otto Freundlich ; en 1929, il s’inscrit en lettres à la Sorbonne. Le MoMA situe en 1930 sa rencontre avec Man Ray, André Breton et le groupe surréaliste, et la même année ses premières photographies. En 1932, il étudie à l’école des arts appliqués de Cologne, où il apprend les techniques photographiques modernes et réalise ses premiers photogrammes.
Installé à Paris de 1933 à 1940, Ubac expose dès la fin de 1934 des collages photographiques à la galerie Louis Cattiaux. En octobre 1935, il participe sous le pseudonyme de Raoul Michelet à une exposition surréaliste à La Louvière. À partir de 1937, ses images paraissent dans Minotaure, et il entreprend une série de solarisations. En janvier 1938, il figure à l’Exposition internationale du surréalisme de la galerie des Beaux-Arts. Il cherche alors à dissoudre le sujet dans le fond : superpositions de négatifs, solarisation, inversion, et surtout brûlage, qui consiste à faire fondre la gélatine du négatif – le MoMA évoque un négatif plongé dans l’eau bouillante. De cette période datent Le Combat des Penthésilées (1938), Le Conciliabule (1938), La Nébuleuse (1939) ou le Brûlage de 1939 conservé au Centre Pompidou. C’est aussi l’époque où il apprend la gravure à l’Atelier 17 de Stanley William Hayter.
En 1940, Ubac fonde avec René Magritte la revue L’Invention collective, dont paraissent deux numéros à Bruxelles (février et avril 1940). Fuyant l’invasion, il se réfugie un temps à Carcassonne avec Magritte et Louis Scutenaire, puis vit à Bruxelles jusqu’en 1946. Il y montre en mai 1941 trente-deux photographies à la galerie Dietrich et travaille de 1942 à 1944 comme photographe de plateau du film d’Henri Storck Symphonie paysanne. À Paris, il expose photographies et peintures en novembre 1943 à la librairie-galerie Francis Dasté et se lie au poète André Frénaud. Peu à peu, il s’éloigne du surréalisme, puis renonce à la photographie, qui, selon ses mots, bute « sur quelque chose d’impossible à transcender ».
Revenu à Paris en 1946, à Montparnasse, Ubac découvre presque par hasard l’ardoise, qui devient le matériau de sa vie : il l’incise, la sculpte en reliefs, en tire des empreintes. Sa peinture, d’abord à la gouache, devient bas-relief, fait de poudre d’ardoise et de résines synthétiques gravées et poncées. À partir de 1950, il est représenté en France par la galerie Maeght, pour laquelle il dessine l’affiche de son exposition, imprimée chez Mourlot. Les commandes monumentales se succèdent : bas-relief de la buvette d’Évian (1957), mosaïque d’une école de Saint-Cyr (1958), vitraux de l’église d’Ézy-sur-Eure (1958-1959) et de l’église Saint-Valery de Varengeville-sur-Mer, où ils voisinent avec l’Arbre de Jessé de Georges Braque. Il s’installe à Dieudonné, dans l’Oise. En 1968, le Musée national d’art moderne de Paris lui consacre une rétrospective, et les Éditions Maeght publient en 1970 une importante monographie.
Les années 1970 voient se multiplier les reliefs-paysages, les stèles et les commandes publiques, dont une tapisserie pour la faculté de pharmacie de Châtenay-Malabry (1974). Il dessine aussi des vitraux pour le chœur roman de la cathédrale de Nevers. Raoul Ubac meurt à Dieudonné en mars 1985. Ses photographies ont depuis retrouvé une place centrale dans l’histoire du surréalisme : le MoMA conserve Le Conciliabule et La Nébuleuse, et la Tate Modern a montré Le Combat des Penthésilées dans l’exposition Surrealism Beyond Borders (2022). En Belgique, le Grand Curtius de Liège a présenté pour son centenaire, en 2010-2011, une rétrospective de plus de 120 œuvres, accompagnée à Malmedy d’une exposition de lithographies, empreintes d’ardoise et livres illustrés.
L’estampe occupe chez Ubac une place singulière, car elle naît du même geste que l’ardoise. Ses empreintes d’ardoise sont tirées à partir de la pierre gravée elle-même, encrée comme une matrice : elles restituent le grain, les stries et les « labours » de ses reliefs. On trouve aussi des gravures sur bois et des eaux-fortes (voir la taille-douce), mais le gros de son œuvre imprimé diffusé est constitué de lithographies en couleurs éditées par Maeght. La revue Derrière le miroir lui consacre plusieurs numéros : le n° 142 (mars 1964, huit lithographies originales en couleurs, texte d’Yves Bonnefoy), le n° 196 (1972) et le n° 251 (février 1982, deux lithographies, texte d’André Frénaud). Ces planches, tirées à grand nombre et non signées, sont des lithographies originales et non des reproductions. Le MoMA conserve ainsi une lithographie Composition de 1950, tirée à 50 exemplaires et acquise dès 1955.
Les livres illustrés sont l’autre versant : en 1967, Maeght publie La Poésie française et le principe d’identité d’Yves Bonnefoy, avec des eaux-fortes d’Ubac (150 exemplaires sur chiffon de Mandeure, signés par l’auteur et l’artiste), et Vieux pays d’André Frénaud. Nous n’avons pas pu vérifier l’existence d’un catalogue raisonné de l’œuvre gravé d’Ubac faisant référence sur le marché : les estampes se documentent donc par le numéro de Derrière le miroir, l’éditeur, l’année et les catalogues d’exposition de la galerie Maeght. Méfiez-vous d’un numéro de catalogue cité sans auteur ni titre d’ouvrage.
Tirage et justification. Les lithographies signées sont en général numérotées au crayon sur des tirages courts (quelques dizaines d’exemplaires, 25 pour certaines empreintes d’ardoise). Une épreuve d’artiste (E.A.) ou H.C. est parfaitement recevable. Voir notre page sur le tirage.
Signature. La signature au crayon « Ubac » distingue le tirage de tête. Une signature imprimée dans la planche, comme sur l’affiche Maeght de 1950, n’en fait pas une épreuve signée. Voir la signature.
Papier et marges. Les épreuves signées sont imprimées sur des papiers de qualité (vélin, chiffon), à grandes marges ; les planches de Derrière le miroir sont sur un papier plus léger, souvent avec la pliure centrale et du texte au verso, ce qui est normal.
Planches de revue. Une lithographie de Derrière le miroir est une estampe originale, mais non signée et tirée à grand nombre : son prix doit refléter ce statut. Elle doit être vendue comme telle, avec le numéro de la revue.
Affiches. Les affiches d’exposition Maeght peuvent être des lithographies, mais restent des affiches ; les reproductions offset tardives n’ont pas de valeur d’estampe.
État et provenance. Les aplats sombres, typiques d’Ubac, marquent facilement : vérifiez frottements, insolation et rousseurs. Une provenance Maeght, une facture ancienne ou un livre complet de ses planches sont des atouts. Voir nos pages authenticité et encadrement.
La galerie sélectionne les estampes de Raoul Ubac avec la même exigence que celles des peintres qui l’ont entouré, de Jean Bazaine à Pierre Alechinsky, en passant par Camille Bryen, René Magritte et Georges Braque. Découvrez aussi le surréalisme, l’École de Paris et nos gravures et lithographies.
Ubac, monographie, Éditions Maeght, 1970 · Derrière le miroir, n° 142 (1964), n° 196 (1972) et n° 251 (1982), Maeght éditeur · Yves Bonnefoy, La Poésie française et le principe d’identité, eaux-fortes de Raoul Ubac, Maeght, 1967 · MoMA – Raoul Ubac · MoMA, Object:Photo – chronologie de Raoul Ubac · Centre Pompidou – Brûlage, 1939 · Tate Modern – Surrealism Beyond Borders · Encyclopædia Universalis – Raoul Ubac · Galerie Laurentin – Biographie de Raoul Ubac
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