(1908-1992)
Maria Helena Vieira da Silva (1908-1992) est l’une des figures majeures de l’École de Paris et de l’abstraction lyrique. Née à Lisbonne, installée à Paris dès 1928, naturalisée française en 1956, elle a inventé une peinture immédiatement reconnaissable : un espace fait de damiers, de grilles, de lignes fuyantes et de perspectives éclatées, où l’on croit reconnaître des bibliothèques, des villes, des gares ou des labyrinthes. Première femme à recevoir le Grand Prix national des arts en France (1966), elle a aussi pratiqué la gravure dès 1929, puis la lithographie et la sérigraphie, laissant une œuvre imprimé abondante et raffinée.
La Galerie Le Coin des Arts à Paris présente des lithographies originales de Maria Helena Vieira da Silva, signées à la main par l’artiste, sélectionnées pour la qualité de leur tirage, leur provenance et leur état de conservation : feuilles éditées par la Galerie Ernst Beyeler à Bâle, par Erker à Saint-Gall ou par les Éditions Regards pour les Élégies majeures de Léopold Sédar Senghor.
Maria Helena Vieira da Silva naît le 13 juin 1908 à Lisbonne, fille unique d’un diplomate. Son père meurt en 1911 dans un sanatorium suisse ; elle grandit avec sa mère dans la maison de son grand-père, entourée de livres, et voyage tôt à travers l’Europe. Enfant solitaire, elle découvre la musique, le théâtre et les avant-gardes de son temps.
De 1919 à 1927, dès l’âge de onze ans, elle étudie le dessin et la peinture à Lisbonne, notamment auprès d’Emília Santos Braga et d’Armando Lucena, ainsi que le modelage. Très tôt, sa vocation est fixée : elle sera artiste, et ce sera à Paris.
En 1928, Vieira da Silva s’installe à Paris avec sa mère. Elle suit d’abord les cours de sculpture d’Antoine Bourdelle à l’Académie de la Grande Chaumière, où elle rencontre le peintre hongrois Árpád Szenes. En 1929, elle travaille avec Charles Despiau à l’Académie scandinave, puis se tourne vers la peinture auprès de Charles Dufresne, Henry de Waroquier et Othon Friesz, et fréquente les cours de Fernand Léger. Elle abandonne alors la sculpture pour la peinture.
La même année, elle s’initie à la gravure dans l’atelier de Stanley William Hayter, celui qui deviendra le célèbre Atelier 17 : une expérience fondatrice pour une artiste qui fera toute sa vie de la ligne un instrument de construction de l’espace. Le 22 février 1930, elle épouse Árpád Szenes ; ce mariage avec un étranger lui fait perdre la nationalité portugaise.
En 1932, elle rencontre la galeriste Jeanne Bucher, qui jouera un rôle décisif dans sa carrière, et suit l’enseignement de Roger Bissière à l’Académie Ranson. En 1933, la galerie Jeanne Bucher publie Kô et Kô, les deux esquimaux, livre pour enfants de Pierre Guéguen qu’elle illustre ; ses premières expositions personnelles de peinture y suivent en 1936 et 1937.
À la déclaration de guerre, le couple se réfugie au Portugal en 1939. Le régime de Salazar leur refusant la nationalité portugaise, ils partent en 1940 pour Rio de Janeiro. Ces années brésiliennes, marquées par l’angoisse du conflit, voient naître des toiles graves comme L’Incendie I (1944). Elle expose au Museu Nacional de Belas Artes de Rio en 1942 et à la galerie Askanazy en 1944 ; en 1943, Peggy Guggenheim l’inclut à New York dans l’exposition 31 Women de sa galerie Art of This Century.
En mars 1947, Vieira da Silva rentre seule à Paris, rejointe ensuite par Szenes. Le marchand Pierre Loeb s’intéresse aussitôt à son travail et l’expose à la Galerie Pierre en 1949, 1951 et 1955, tandis que la galerie Jeanne Bucher reste sa maison fidèle.
Dans les années 1950, ses « villes » et ses « bibliothèques » imposent Vieira da Silva parmi les grands noms de l’abstraction d’après-guerre, aux côtés de Nicolas de Staël, Jean Bazaine ou Serge Poliakoff. Elle expose à la Biennale de Venise en 1954, reçoit la même année un premier prix pour un projet de tapisserie destiné à l’Université de Bâle, puis le troisième prix de la Biennale de Caracas en 1955. Elle participe à la documenta II de Kassel en 1959.
En 1956, Vieira da Silva et Szenes obtiennent la nationalité française. Les distinctions se succèdent : Grand Prix international de peinture de la Biennale de São Paulo en 1961, commandeur des Arts et des Lettres en 1962, puis, en 1966, le Grand Prix national des arts, dont elle est la première lauréate femme. En 1969, le Musée national d’art moderne à Paris lui consacre une rétrospective, après le Museum Boymans-van Beuningen de Rotterdam.
À partir de 1966, elle conçoit avec le peintre Joseph Sima les vitraux de l’église Saint-Jacques de Reims ; les premiers sont posés en 1968. Elle réalise aussi des cartons de tapisserie et, pour le métro de Lisbonne, les panneaux d’azulejos de la station Cidade Universitária, inaugurée en 1988. Cette même année, ses quatre-vingts ans sont célébrés par des rétrospectives au Grand Palais à Paris et à la Fondation Calouste Gulbenkian à Lisbonne. Elle est faite chevalier (1979) puis officier (1991) de la Légion d’honneur.
Árpád Szenes meurt en 1985. Maria Helena Vieira da Silva s’éteint à Paris le 6 mars 1992 et repose à Yèvre-le-Châtel, dans le Loiret. La Fondation Árpád Szenes-Vieira da Silva, créée en 1990, ouvre ses portes à Lisbonne le 4 novembre 1994. En 2025, la Collection Peggy Guggenheim de Venise puis le Guggenheim Bilbao lui consacrent l’exposition Anatomie de l’espace.
Formée à la taille-douce chez Hayter, Vieira da Silva a pratiqué l’estampe pendant plus de soixante ans. Ses gravures sur cuivre (burin, eau-forte, aquatinte) prolongent le réseau de lignes fines de ses tableaux : pour L’Inclémence lointaine de René Char, publié par Pierre Berès en 1961, elle grave vingt-cinq burins ; en 1975, les Sept portraits de René Char réunissent sept aquatintes au sucre imprimées par Claude Manesse.
La lithographie lui permet de travailler la couleur en transparences, en voiles et en touches lumineuses. En 1971, la galerie Jeanne Bucher expose ses lithographies, ses gouaches sur fond lithographique et une sérigraphie. Les années 1970 sont particulièrement riches : lithographies éditées par la Galerie Beyeler à Bâle, par la maison Erker de Saint-Gall (notamment pour les Vingt-deux poèmes de Jean Cassou), ou par les Éditions Regards pour les Élégies majeures de Senghor, imprimées à l’atelier Bellini.
Grande lectrice, elle a illustré de nombreux livres de bibliophilie : Kô et Kô (1933), Et puis voilà de Marie-Catherine Bazaine (1951), René Char, Platon (Le Banquet, 1972) ou Léopold Sédar Senghor, et gravé un portrait d’André Malraux (1974). Certaines lithographies proposées isolément proviennent de ces ouvrages et de leurs exemplaires de tête.
Le catalogue raisonné de son œuvre peint et dessiné a été établi par Guy Weelen et Jean-François Jaeger (Skira, 1994). Pour l’œuvre imprimé, les marchands se réfèrent souvent au catalogue Vieira da Silva, obra gráfica 1933-1991 (Tomar, 1993), réalisé à partir de la collection de Gérard A. Schreiner, cité sous la forme « Schreiner n° ».
Avant d’acquérir une lithographie ou une gravure de Maria Helena Vieira da Silva, quelques points méritent d’être vérifiés :
La technique : lithographie, burin, eau-forte, aquatinte ou sérigraphie, chacune avec son rendu propre. Le tirage et la justification : la plupart des feuilles sont numérotées (par exemple 54/190) ; on rencontre aussi des épreuves d’artiste, des hors-commerce ou des exemplaires de tête de livres illustrés non numérotés (voir le tirage). La signature : les épreuves sont généralement signées au crayon par l’artiste. La référence au catalogue, l’éditeur et l’imprimeur, la provenance et l’état : papier (Arches, vélin), absence d’insolation, fraîcheur des couleurs.
Estampe originale ou reproduction ? Les tableaux de Vieira da Silva ont été largement reproduits en affiches d’exposition et en impressions offset. Une estampe originale est conçue et réalisée par l’artiste pour l’impression, tirée sous son contrôle et signée ; une affiche porte en général un texte et n’est ni numérotée ni signée à la main.
La Galerie Le Coin des Arts sélectionne les estampes originales de Vieira da Silva en veillant à leur authenticité, leur provenance et leur état, les accompagne d’un certificat et conseille les collectionneurs pour leur encadrement. Découvrez également les œuvres de Roger Bissière, Jean Bazaine, Serge Poliakoff, Zao Wou-Ki et Anna-Eva Bergman.
Fundação Árpad Szenes-Vieira da Silva, Lisbonne · Galerie Jeanne Bucher Jaeger, biographie de l’artiste · Wikipédia · Guy Weelen et Jean-François Jaeger, Vieira da Silva, catalogue raisonné, Skira, Genève, 1994 · Vieira da Silva, obra gráfica 1933-1991, collection Gérard A. Schreiner, Tomar, 1993 · Guggenheim, Anatomy of Space, 2025.
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