(1919-2022)
NVP3D, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons
Pierre Soulages (1919-2022) est l’une des figures majeures de l’abstraction française et de l’art du XXe siècle. Peintre du noir et de la lumière, créateur de l’Outrenoir, il a développé pendant plus de soixante-dix ans une œuvre immédiatement reconnaissable. Si ses peintures monumentales occupent une place essentielle dans l’histoire de l’art contemporain, son travail de graveur et de lithographe constitue également une dimension fondamentale de sa création.
La Galerie Le Coin des Arts à Paris présente régulièrement des œuvres originales de Pierre Soulages, notamment des lithographies, eaux-fortes et sérigraphies, qui permettent d’aborder sous une autre forme ses recherches sur le noir, la matière, le papier et la lumière.
Pierre Soulages naît le 24 décembre 1919 à Rodez, dans l’Aveyron. Très jeune, il est sensible aux paysages austères de sa région, aux statues-menhirs conservées au musée Fenaille ainsi qu’à l’architecture romane de l’abbatiale Sainte-Foy de Conques.
À la fin des années 1930, un séjour à Paris lui permet notamment de découvrir les œuvres de Cézanne et de Picasso. Après un bref passage par l’École des beaux-arts de Paris, puis des études à Montpellier, il se consacre pleinement à la peinture dans l’immédiat après-guerre.
À partir de 1946, Soulages développe une peinture abstraite caractérisée par de puissantes formes sombres. Ses célèbres brous de noix sur papier, exécutés avec un matériau traditionnellement employé par les ébénistes, manifestent déjà son intérêt pour les bruns profonds, le noir et le contraste créé par la lumière du support.
Dès la fin des années 1940, son travail est exposé en France puis à l’étranger. Il devient rapidement l’une des personnalités majeures de la peinture abstraite européenne d’après-guerre.
Le noir occupe une place essentielle dans l’œuvre de Pierre Soulages, mais il ne constitue jamais chez lui une surface uniforme ou une simple absence de couleur.
L’artiste travaille la matière afin que la lumière réagisse différemment selon la texture, le relief, l’orientation des stries et la position du spectateur. Une même œuvre peut ainsi changer profondément d’apparence en fonction de l’éclairage et du déplacement du regard.
En 1979, cette recherche connaît une évolution décisive. Soulages réalise des peintures entièrement couvertes de noir et constate que leur véritable sujet n’est plus seulement le pigment, mais la lumière que la surface noire absorbe, réfléchit ou diffuse.
Il donnera à cette démarche le nom d’Outrenoir, littéralement un noir qui conduit « au-delà du noir ». Les surfaces deviennent alternativement mates, brillantes, lisses ou striées, faisant de la lumière un élément actif de l’œuvre.
L’œuvre imprimé de Pierre Soulages constitue un chapitre particulièrement important de son parcours artistique. Dès le début des années 1950, il expérimente la gravure avant de développer également un ensemble majeur de lithographies et de sérigraphies.
Soulages ne considère jamais l’estampe comme une simple reproduction de sa peinture. Chaque technique possède selon lui ses contraintes, ses accidents et ses possibilités propres, qui doivent conduire à la création d’une œuvre autonome.
Cette conception est essentielle pour comprendre une lithographie ou une eau-forte de Pierre Soulages. Il ne s’agit pas de reproduire sur papier une peinture existante, mais d’explorer ce que peuvent produire la pierre lithographique, le cuivre, l’acide, l’encre, la presse et le papier.
Son œuvre imprimé comprend ainsi plus d’une centaine d’estampes originales, réalisées en eau-forte, lithographie et sérigraphie. Cet ensemble forme aujourd’hui un domaine à part entière de son œuvre et fait l’objet d’un catalogue raisonné : Soulages, l’œuvre imprimé, sous la direction de Pierre Encrevé et Marie-Cécile Miessner (Bibliothèque nationale de France, 2003 ; nouvelle édition BnF / musée Soulages, 2011).
La gravure à l’eau-forte devient pour Soulages un véritable territoire d’expérimentation.
Cette technique repose sur l’action de l’acide sur une plaque métallique, généralement en cuivre. Mais Soulages ne cherche pas à contrôler entièrement le processus. Il accepte au contraire que la morsure de l’acide transforme profondément la plaque et exploite les effets parfois imprévus produits par le métal.
Dans certaines œuvres, l’acide va jusqu’à perforer la plaque de cuivre. Ce qui pourrait être considéré comme un accident technique devient alors un élément de la composition : le papier apparaît directement dans l’image et dialogue avec les parties imprimées.
Les eaux-fortes de Pierre Soulages se distinguent ainsi par leur forte présence matérielle. L’encre, la cuvette laissée par la pression de la plaque, la blancheur du papier, son épaisseur et son grain jouent tous un rôle dans la perception de l’œuvre.
Dans ses lithographies, Pierre Soulages retrouve la puissance des grandes formes qui caractérisent sa peinture tout en développant un langage propre au procédé lithographique.
Le noir reste central, mais de nombreuses compositions associent également des rouges, bleus, jaunes, bruns ou ocres. Ces couleurs créent des tensions et des équilibres qui donnent à certaines feuilles une personnalité très différente des peintures Outrenoir auxquelles l’artiste est aujourd’hui souvent associé.
Les dimensions de ses lithographies sont généralement plus intimes que celles de ses grandes toiles, mais leurs compositions conservent fréquemment une impression de monumentalité.
Le papier, son grain et ses marges participant pleinement à l’œuvre, l’état de conservation d’une lithographie originale de Pierre Soulages doit être apprécié avec attention : qualité du papier, fraîcheur des couleurs, conditions d’encadrement et de conservation.
Entre 1986 et 1994, Pierre Soulages réalise l’un des projets les plus importants de sa carrière : les 104 vitraux de l’abbatiale Sainte-Foy de Conques.
Pour cet ensemble monumental, il conçoit un verre translucide destiné à diffuser la lumière naturelle sans recourir au vitrail coloré traditionnel. Cette réalisation prolonge directement ses recherches sur la relation entre matière et lumière.
En 2009-2010, le Centre Pompidou lui consacre une grande rétrospective réunissant plus d’une centaine d’œuvres.
En 2014 ouvre à Rodez le musée Soulages, constitué autour des importantes donations réalisées par Pierre et Colette Soulages.
À l’occasion de son centième anniversaire, le musée du Louvre lui consacre en 2019-2020 une exposition exceptionnelle dans le Salon Carré.
Pierre Soulages poursuit son travail jusqu’aux dernières années de sa vie. Il meurt le 25 octobre 2022, à l’âge de 102 ans.
Les estampes originales de Pierre Soulages permettent d’aborder son œuvre à travers une production relativement limitée, cohérente et parfaitement identifiable au sein de son parcours.
Pour étudier une lithographie, une eau-forte ou une sérigraphie de Soulages, plusieurs éléments sont importants : la technique employée, le tirage, la signature, la référence au catalogue raisonné de l’œuvre imprimé, la provenance ainsi que l’état de conservation du papier et des couleurs.
Chaque estampe originale de Soulages y est répertoriée sous un numéro, souvent cité sous la forme « BnF n° ». Cette référence est le premier élément à vérifier avant tout achat.
Lithographie originale ou affiche ? De nombreuses affiches d’exposition de Pierre Soulages circulent sur le marché, et certaines sont présentées à tort comme des lithographies originales. Une estampe originale est en principe signée au crayon et numérotée, ou justifiée « épreuve d’artiste », tirée sur un papier d’art avec des marges, et répertoriée au catalogue raisonné. Une affiche porte généralement un texte (nom du musée ou de la galerie, dates d’exposition) et n’est pas numérotée. Une affiche signée par l’artiste reste une affiche.
La Galerie Le Coin des Arts sélectionne et présente à Paris des estampes originales de Pierre Soulages en accordant une attention particulière à leur authenticité, leur provenance et leur état de conservation.
La galerie accompagne également les collectionneurs dans le choix d’une œuvre, son encadrement, sa présentation et sa conservation.
Musée Soulages, Rodez · Pierre Encrevé et Marie-Cécile Miessner (dir.), Soulages, l’œuvre imprimé, Bibliothèque nationale de France, 2003 ; nouvelle édition BnF / musée Soulages, 2011 · Centre Pompidou, Paris · Musée du Louvre, Paris.
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